SYNODE – Jour 5 – L’Evangile qui accueille le monde amazonien

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Visite pastorale et fraternelle de Mgr Wilmar Santin, auprès de la mission Saint François, dans la région brésilienne du Para.

Un premier groupe d’interventions s’est clôturé hier avec la 6e congrégation générale pour laisser place à deux jours de travail en petits groupes. Les discussions restent habitées par cette tension bien visible entre le local et l’universel, notamment quand il s’agit d’accompagner les populations autochtones.

Car tout part de l’expérience dans ces discussions portées par des délégués qui vivent sur le terrain. A la lumière des approches des théologiens, cette expérience incarnée peut s’élargir ensuite aux « nouveaux chemins pour l’Eglise ».

De nombreux thèmes ont encore été évoqués : l’impact dramatique du trafic de drogue, dont la culture de la coca est un moteur, alimentant déforestation, criminalité etc. Face aux destructions en cours (feux de forêts, projets miniers, hydrauliques disproportionné…), les délégués ont demandé que l’Église porte une voix plus prophétique pour que la question de l’écologie intégrale puisse être inscrite à l’ordre du jour des instances internationales. L’Amazonie devrait devenir un laboratoire permanent de synodalité missionnaire, tant pour le bien des peuples vivant dans la région que pour celui de l’Église. Car cette région du monde, par les excès de ce qui s’y joue témoigne d’une approche « impérialiste » du monde, marchandisant le vivant, creusant aveuglement les inégalités sociales. La question des « péchés écologiques » a ainsi été évoquée, notamment dans le cas d’écocides reconnus, un sujet que les théologiens doivent creuser davantage. Il s’agit de passer d’un paradigme technocratique à un paradigme du soin et de l’attention aux autres.

Capture d’écran 2019-10-10 à 14.53.44Lors du point-presse de ce jour, Sœur Gloria Liliana Franco Echeverri, Sœur de Notre-Dame, présidente de la Confédération latino-américaine des religieuses (CLAR, fondé en 1959) a pris la parole. Elle a notamment évoqué des religieux et religieuses itinérants qui accompagnent chaque jour le peuple d’Amazonie, pour leur montrer « le visage de Jésus ». Ils se sont réunis avant le synode après avoir voyagé neuf jours en pirogues pour le plupart d’entre eux.

Elle s’est réjouie de cette démarche qui souligne le besoin de synodalité, de l’écoute mutuelle, des liens fraternels. Il faut renouveler l’option préférentielle pour les pauvres et les exclus, a-t-elle demandé au nom de son réseau, alors que l’Amazonie devient un carrefour de migrations, de violences sociales et économiques etc. Il faut donc développer une éthique de la rencontre. Pour elle, ce synode est un kairos ecclésial, dont un des signes positifs est la présence d’une quarantaine de délégués féminines et derrière elles, beaucoup d’autres qui ont participé au processus synodal. L’Eglise, pour elle, est le signe d’être mère et enseignante. Mais elle doit devenir davantage encore soeur et disciple. Beaucoup de figures féminines y ont déjà contribué dans le passé.

« L’Eglise doit discerner sur ce qu’elle peut demander aux femmes aujourd’hui. En tant que frères et soeurs, nous oeuvrons pour que ce visage de la femme dans l’Eglise soit plus clair. Mais fondamentalement, leur ministère n’est pas celui d’un pouvoir mais d’un service, d’un rôle spécifique qu’il faut reconnaitre, au service de la charité pour les peuples. C’est un moment de grâce. »

Capture d’écran 2019-10-10 à 15.27.09.pngMgr Medardo de Jesús Henao del Río, missionnaire xavérien de Yarumal, vicaire apostolique de Mitú, une ville amazonienne de l’est de la Colombie. Là vivent 44 000 personnes d’au moins 27 groupes de populations autochtones qui sont à une heure d’avion de Bogota, avec un manque cruel de structures sanitaires, éducatives etc. Un lieu qui a beaucoup souffert de la violence liée aux trafics de drogues dans la région. Le vicaire a évoqué des cas récents où l’on s’est rendu compte de la pauvreté de ces populations où certains couples doivent pratiquer des césariennes sauvages pour sauver la mère et l’enfant. Il y a aussi une réalité liée à l’arrivée de multinationales qui s’approprient des territoires traditionnels. Soutenir les populations autochtones ainsi menacées relève de l’écologie intégrale. L’Eglise doit jouer là un rôle d’avocat pour aider des populations à ne pas signer des documents souvent mensongers qui les privent de leurs terres ancestrales. Garantir le « buen vivir » de ces populations consiste à lutter pour préserver leur mode de vie et leur valeur en tant que communauté vivante.

« Quand nous essayons de comprendre ce que la communauté veut, nous proposons une synodalité communautaire. J’ai ordonné récemment un diacre indigène, dans le rite romain et … dans le rite indigène. Et non, rassurez-vous, je n’ai pas ordonné un « sorcier ». Car nous pouvons assumer la cosmogonie des autochtones mais nous leur offrons ensuite l’Evangile. Ils revêtent une couronne, symbole de l’homme qui a acquis une sagesse qu’il partage avec son peuple. Ce diacre est reçu ensuite dans l’église, en dansant. Puis l’accolade finale ouvre sur la cérémonie de l’ordination diaconale. Après la cérémonie de l’eucharistie, la communauté l’accueille. Elle lui demande de pouvoir bénir la terre. Ces valeurs vont de pair avec les valeurs chrétiennes. Il y a des rites qui peuvent être acceptés, en communion avec l’Eglise. Le pape a rappelé que le diacre est d’abord au service de la communauté et donc lié à la tradition indigène. On essaye de traduire les textes liturgiques et les chants pour pouvoir célébrer la messe dans leur culture. Dans les rites amazoniens, quand il y a abondance d’un bien, on organise un partage avec d’autres communautés. Les offrandes sont présentées en dansant devant l’autel. Ces rites sont liés à leur culture … et à leur expérience chrétienne. Il ne s’agit pas d’accueillir des rites pour tout assimiler mais de prendre des éléments de célébrations qui portent des semences divines.

Mgr Wilmar Santin (cf. photo), carme, évêque prélat d’Itaituba (sud est de l’Etat brésilien du Para), est présent aux populations Juruba. Lors d’une visite dans une région exploitant de l’or, j’ai salué une infirmière qui oeuvrait là. Elle a appelé des personnes du lieu, notamment des évangéliques. L’un d’entre eux lui explique qu’il a des frères prêtres et des soeurs religieuses. En arrivant dans ce lieu, il voulait écouter la Parole de Dieu mais, en absence d’église catholique, n’a pu la recevoir que dans une communauté évangélique. Ainsi, Mgr Santin souligne que

« l’Eglise arrive souvent trop tard dans ces lieux qui naissent à toute vitesse. La nomination, souvent lente, d’un prêtre ne suffit pas. Sinon on n’accomplit pas la mission de prêcher la Parole de Dieu. »

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SUITE DU PROGRAMME

10 et 11 juin : carrefours

12 au 15 : congrégations générales

16 et 17 : carrefours

Un premier rapport de ces groupes sera présenté le 17 au soir, synthèse unique de leurs travaux qui sera publique.

La dernière semaine sera consacrée à travailler le projet de document final. Le 26 octobre, il sera voté. Le 27, durant la messe, il sera remis au pape François.

 

 

 

 

 

 

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