PASTORALE – Quand les évêques valident l’écologie intégrale

Capture d’écran 2019-10-14 à 14.55.34.pngChaque année, au mois de novembre, les évêques de France se réunissent à Lourdes pour un temps de travail et de discussions. Cette année, avec un nouveau président de la Conférence à sa tête, la démarche évolue sensiblement. Et c’est l’écologie intégrale comme thème porteur qui est mise à l’honneur.

La rencontre à Lourdes se déroule du mardi 5 au dimanche 10 novembre. Un communiqué de presse récent donne le sens de la démarche.

Le Conseil permanent a souhaité que les assemblées permettent aux évêques de prendre en charge ensemble un défi missionnaire qui les rassemblerait tous. Ils ont rapidement été convaincus que la transformation écologique était à la fois une mise en cause de nos habitudes de pensée et de vie et une opportunité formidable de faire briller les lumières de la Révélation de Dieu. Elle représente un défi sérieux pour nos sociétés et appelle un beau travail de la part de l’Église. L’encyclique Laudato Si avait permis de le comprendre, si cela n’avait pas encore été le cas. Mais les diocèses et, de façon générale, le peuple chrétien, peinent à entrer pleinement dans les perspectives ouvertes par le Saint-Père. Le label « Église verte » aide beaucoup de réalités ecclésiales à contribuer aux efforts de tous. Il reste tout de même à faire entendre la parole du salut en face des bouleversements qu’exige l’état de notre planète et du cosmos.
Or, autour des communautés chrétiennes, des jeunes gens nombreux choisissent des modes de vie en rupture plus ou moins visible avec le cours ordinaire de nos sociétés, au nom de leur responsabilité écologique. La plupart n’ont pas besoin de l’Église pour changer : ils le font à partir d’une réaction toute humaine, parfois nourrie de la foi chrétienne, plus souvent en puisant dans d’autres traditions culturelles ou spirituelles ou même en se gardant avec virulence de tout lien avec le christianisme. Ils changent de vie, ils prennent des décisions radicales (ne plus prendre l’avion pour des séjours de moins de 3 semaines, ne plus manger de viande dont on n’a pas vu l’animal qui la fournit, ne plus consommer d’aliments industriels,…), ils travaillent à transformer les modes de production (économie circulaire, conditionnements qui évitent les déchets, maîtrise déterminée des dépenses d’énergie, refus d’employer des sources d’énergie fossile…), ils imaginent des modes de vie sociale qui les rendent indépendants des structures traditionnelles incapables de prendre les décisions nécessaires…
S’ils n’ont pas eu besoin de l’Église pour changer de mode de vie, certains seraient heureux que l’Église ait quelque chose à leur dire. Quelques-uns pressentent qu’ils ont besoin d’une lumière et d’une parole autres pour que leur exigence écologique ne se transforme pas en idéologie, éventuellement violente. Il est donc proposé que pour cette assemblée de novembre 2019, les évêques puissent rencontrer quelques-uns de ces jeunes gens et se laissent bousculer par eux.
Ce thème était propice à un exercice de synodalité : c’est pourquoi le Conseil permanent à demandé aux évêques d’inviter à participer avec eux, aux deux premiers jours de l’assemblée, deux baptisés de chaque diocèse, femme, homme, laïc ou prêtre, diacre ou consacrée ou consacré… pas forcément le ou la spécialiste de Laudato Si des communautés chrétiennes. Il s’agit donc pour eux de convier deux personnes avec qui ils souhaitent réfléchir à l’avenir de la mission dans leur diocèse.

Quelques points à souligner à partir de là :

  • Quatre ans après la publication de Laudato si, il est clairement proposé ici aux évêques de France de faire des réflexions issues de l’écologie intégrale du pape François un fil rouge de leur dynamique pastorale des années à venir. Le Label Eglise Verte est un bon déclencheur, mais il ne suffit pas pour passer à cette vitesse supérieur dans la plupart des lieux.
  • Le document souligne que ce thème est à la fois consensuel dans son actualité mais aussi stimulant pour renouveler les démarches pastorales, le lien social etc.
  • C’est notamment la dimension de créativité sociale qui est soulignée, avec ces nouveaux projets naissants dans et hors de l’Eglise, sous forme d’habitats groupés aux périphéries de notre société.  Dans une saine démarche dialogale et synodale, des représentants de ces lieux sont invités pour aider l’assemblée épiscopale aussi à sortir de ses assemblées un peu convenues et souvent auto-inhibantes.
  • On aura compris aussi qu’un tel thème permet de couvrir un large champ de problématiques actuelles, avec la proposition de repartir des expériences avec les plus jeunes, les plus pauvres, etc. Une manière de ne pas fausser l’écologie intégrale dans le contexte français.

A suivre donc avec intérêt début novembre.

E&E

PS : ce sera peut être aussi l’occasion de relancer une dynamique d’écologie intégrale sur le sanctuaire de Lourdes lui-même qui a déjà fait de beaux efforts dans les aménagements du site, mais qui pourrait aller beaucoup plus loin …

Pour rappel, en 2011, Mgr Stenger avait déjà fait une première donne. Il aura fallu attendre huit ans pour passer à la vitesse supérieure.

Et il y a quelques jours, le diocèse de Lourdes et Tarbes a organisé une table ronde très Laudato si

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. bertrand dit :

    Que la transformation écologique soit une « opportunité formidable de faire briller les lumières de la Révélation de Dieu » me semble faire partir cette réflexion salutaire des évêques du mauvais pied, celui de la récupération à des fins d’évangélisation. Comme tu l’as toujours dit c’est aussi et surtout d’abord un enjeu de cohérence des évangélisés/baptisés que nous sommes. L’annonce viendra ensuite mais il faudra auparavant faire un sérieux mea culpa, et pas trop la ramener. J’ose espérer qu’il n’ont pas oublié de t’inviter…

  2. Anne Josnin dit :

    @Bertrand: je partage votre analyse critique. Et si nos évêques cherchent des écolos authentiques et jeunes militants, j’en connais quelques uns qui ont à nous évangéliser, tant leur mode de vie est en cohérence avec les Béatitudes, quand bien-même ils l’ignorent. Je pense à un ami ingénieur et son épouse kiné qui se sont lancés dans la permaculture et vivent dans une pauvreté matérielle choisie pour ne pas abîmer davantage notre soeur la Terre, qui diffusent partout la Fresque du Climat,… je pense à de jeunes activistes XR qui risquent arrestation et perte de leur emploi pour sauver ce qui peut l’être, …je ne peux que m’agenouiller intérieurement devant leur courage et leur abnégation dans le combat pour la vie que nous sommes tous appelés à mener.

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