PAROLE – Une prédication protestante

Société verte : colère, résignation, espérance

J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire que Dieu nous révélera. La création entière attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien, non parce qu’elle l’a voulu elle-même, mais à cause de celui qui l’y a mise. Il y a toutefois une espérance : c’est que la création elle-même sera libérée un jour du pouvoir destructeur qui la tient en esclavage et qu’elle aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Nous savons, en effet, que maintenant encore, la création entière gémit et souffre comme une femme qui accouche. Elle le fait en solidarité avec nous, car ce n’est pas seulement la création qui souffre : nous qui avons déjà l’Esprit saint comme première part des dons que Dieu a promis, nous gémissons aussi intérieurement en attendant que Dieu fasse de nous ses enfants et qu’il délivre nos corps de leurs souffrances. Rom 8, 19-22,

Les apôtres dirent au Seigneur : Donne-nous plus de foi. Le Seigneur répondit : Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier : « Déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait.  Luc 17, 5-6 (nouvelle bible Segond)

Un jeune homme entre en rêve dans un magasin. Derrière le comptoir se tient un ange. Le jeune homme lui demande : « Que vendez-vous? » L’ange lui répond : « Tout ce que vous désirez. » Alors le jeune homme commence à énumérer: « Si vous vendez tout ce que je désire, alors j’aimerais bien :la fin de la fonte des banquises,la fin des sécheresses et les cyclones déchainés,la forte diminution de notre consommation et de tous les déchets que nous produisons la fin de la pollution plastiques des océans,la résolution des guerres et des situations de pauvreté qui poussent des migrants à prendre énormément de risques pour traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortunes. » L’ange lui coupe la parole : « Excusez-moi, Monsieur, vous m’avez mal compris. Ici nous ne vendons pas les solutions déjà toute faites, nous ne vendons pas les fruits. Ici, nous ne vendons que les graines. »

Aujourd’hui, nous le savons, nous le voyons, nous l’éprouvons. La création gémit et souffre. Et pour faire face à ces redoutables défis que sont le réchauffement climatique, la disparition de nombreuses espèces, la pollution. Nous aimerions bien avoir des baguettes magiques qui nous permettent d’enfanter des solutions miracles. Mais, force nous est de constater que n’avons pas de baguette magiques. Nous n’avons pas rien. Il nous a été donné des graines ! C’est plein de potentiel, une graine. Cependant, face l’ampleur des défis écologiques aujourd’hui, nous pouvons trouver dérisoire de n’avoir que des graines ! Si dérisoire… que du coup, certains développent un double discours : ils disent oui, il faut réagir, il faut faire quelque chose, mais dans le fond, ils ne sont pas convaincus par ce qu’ils disent. Intérieurement, ce qu’ils pensent vraiment, c’est : « la partie est perdue ».

 

Ce double discours en retour provoque chez d’autres personnes de la colère. Dans ce contexte un slogan est apparu lors de la grande manifestation mondiale (« historique » ont titré certains médias) d’il y a deux semaines : « le niveau des océans monte, notre colère aussi ». Dans le mot « colère » ici, j’entends l’envie de ne pas baisser les bras, de ne pas être fataliste, mais d’essayer quelque chose, de libérer tout le potentiel des graines que nous avons !

La création gémit et souffre… Le fait que nous n’ayons que des graines pour faire face à ces défis immenses poussent certains à hausser les épaules,d’autres à baisser les bras,d’autres encor e à lever le poing.Et l’évangile dans tout cela ? À quoi cela peut-il nous servir, dans la situation qui est la nôtre, de faire un détour par des textes bibliques. De prendre le temps de lire et réfléchir en prenant comme support pour notre réflexion des passages de la Bible ?

D’entrée de jeu, soyons clairs ! Même si l’apôtre Paul écrit, dans le passage de la lettre aux Romains que nous avons relu tout à l’heure, que la « création entière gémit et souffre», la pollution des océans et le réchauffement climatique n’était pas son combat prioritaire. C’est tout à fait normal puisque Paul a vécu dans un tout autre monde que le nôtre, un monde où il n’était pas questions de déforestation, de surexploitation des ressources, de jours de dépassement.Alors si Paul a vécu dans un tout autre monde, pourquoi encore lire la Bible ? Parce que si Paul et les auteurs de la Bible ont vécu dans un tout autre monde que le nôtre, cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas eu de grands défis à affronter.Eux aussi ont dû mener des combats face auxquels ils ont eu l’impression de n’avoir que des simples graines, que des moyens dérisoires. Si nous lisons la bible, si nous méditons ce que Paul a écrit, c’est pour écouter comment Paul et les autres chrétiens ont abordé à leur époque leur défis.Avec quel état d’esprit ? oui, avec quel état d’esprit ? Plus je lis l’apôtre Paul, plus je suis étonné de ce que je perçois de son état d’esprit. Face aux immenses défis qui étaient les siens, il a fait preuve d’indignation, pas de colère ravageuse et destructrice ; il a fait preuve de lucidité et d’acceptation, pas de fatalisme et de résignation.

En un mot comme en cent : il a fait preuve d’espérance. Pour ma part, si je médite ce qu’a écrit l’apôtre Paul, c’est pour cultiver cet état d’esprit particulier. Celui qui m’aide à aborder les défis d’aujourd’hui avec comme énergie, comme carburant, non pas la colère, ni le fatalisme, mais l’espérance.Et son espérance vient de sa manière de regarder le monde qui l’entoure. Pour le décrire ce monde, Paul utilise deux expressions symboliques, deux images, deux métaphores :

La première métaphore est celle de l’emprisonnement : « la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien » ; si aujourd’hui la création gémit et souffre, c’est parce qu’elle est enfermée dans une logique de surconsommation, de surexploitation qui ne mène à rien, La deuxième métaphore est celle des douleurs de la femme qui accouche : si la création souffre et gémit, c’est parce qu’elle est aussi travaillée de l’intérieur par une poussée de vie. Sa douleur n’est pas que due à l’enfermement, elle est aussi provoquée par ce qui cherche à naître. Ces deux métaphores font que le regard de Paul est teinté d’espérance.Oui, la création est soumise à des forces qui ne mènent à rien. Mais dans le même temps, cette même création est travaillée par une transformation salutaire. En son sein, quelque chose de la Vie cherche à naître. Une graine pousse, pousse et pour advenir à la vie bouscule l’ordre établi.Parce que Paul décrit le monde qui l’entoure avec ces deux expressions symboliques, il peut interpeller les fatalistes qui haussent les épaules en leur disant : « regarde le monde qui t’entoure est traversé par des forces contradictoires », c’est vrai. Mais ce monde n’est pas pourri. Il est ambigu. Ce qui n’est pas la même chose. Dire qu’il est pourri, c’est dire qu’il n’y a plus rien à faire, que ce monde est perdu. Mais dire qu’il est ambigu, c’est dire qu’au coeur de ce monde emprisonné par des forces qui ne mènent à rien, il y a une graine de vie qui pousse, qui cherche à être accouchée pour qu’elle puisse se déployer.Dans un monde ambigu, l’enjeu pour les humains que nous sommes n’est pas de baisser les bras, mais de devenir des sages-femmes qui accompagnent cet accouchement, de devenir des jardiniers qui prennent soin de ces graines de vie pour qu’elles puissent déployer tout leur potentiel.

Dans les métaphores que Paul utilisent, il y a aussi un message pour ceux dont la colère monte tant ils se désolent que les choses n’avancent pas aussi vite qu’il le faudrait.Dans un accouchement, l’humain n’est pas maitre de tout. Il peut surveiller la grossesse pour tout se passe bien, Il peut prévoir l’accouchement, il peut l’attendre, il peut le désirer, mais souvent, il ne sait pas quand cet accouchement va commencer.Quand est-ce que l’accouchement va arriver ? C’est souvent quelque chose qui demeure en dehors de son contrôle. De même quand une graine pousse, l’humain ne contrôle pas tout. Il ne maîtrise pas totalement le rythme, la forme que va prendre la plante ou le fruit. Que ce soit au niveau de l’accouchement ou de la graine, le rôle de l’humain, c’est d’apprendre à travailler avec ce qu’il ne maitrise pas.D’ailleurs dans ce que Paul écrit, un petit mot grec revient souvent.Savez-vous ce qu’il veut dire ce petit mot grec ? συν Il veut dire : avec

Dans le texte biblique grec qui a été écrit, il n’est pas simplement mit que la création gémit et souffre, mais qu’elle gémit avec et souffre avec. À chaque fois, le mot avec est rajouté au verbe comme pour souligner que ce gémissement n’est pas solitaire, que ce travail d’accouchement n’est pas solitaire. Pour Paul, la création, les humains, l’esprit de Dieu forment tout un réseau solidaire qui partagent ensemble et les gémissements et le délicat travail d’accompagner l’accouchement. Par ce petit mot « avec », je crois que Paul adresse une exhortation à tous ceux dont la colère monte: ne laissez pas votre colère vous couper des autres, vous opposer stérilement aux autres. Mais prenez appuis sur votre indignation pour apprendre à gémir avec, pour apprendre à travailler avec la création, avec les autres, avec Dieu, avec le Christ au processus d’accouchement. L’espérance n’est pas quelque chose qui se vit de manière individualiste et solitaire. L’espérance se déploie lorsque nous souffrons non pas tout seul dans notre coin, mais avec les autres ; l’espérance se déploie lorsque nous participons avec d’autres à l’accouchement d’une nouvelle relation à la création, d’une nouvelle relation aux autres.

Ainsi quand aujourd’hui face aux défis qui sont les nôtres, nous sentons soit la colère  ou soit le découragement  nous gagner, faisons un détour par l’évangile afin que nous retrouvions un état d’esprit teinté d’espérance !

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