LOURDES – Quand l’écologie bouscule l’ecclésiologie

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Capture d’écran 2019-11-06 à 17.22.25.pngDominique Greiner, qui est aussi rédacteur en chef à La Croix, pose un regard de théologien moraliste sur la rencontre des évêques à Lourdes le 5 et 6 novembre sur l’écologie intégrale..

Pourquoi ce thème de l’écologie intégrale ?

« En juillet dernier, le conseil permanent de la Conférence des évêques de France a voulu se saisir d’une question qui marque l’histoire, d’une question qui puisse rassembler plusieurs problématiques, explique Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort et membre du conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF). C’est là que la question de l’écologie intégrale a émergé. Non pas tant en raison de son urgence que de sa dimension englobante et de ce qu’elle permettait d’échanger avec le monde d’aujourd’hui, notamment avec les jeunes générations. » « L’écologie est au carrefour de nombreux sujets, surenchérit Mgr Batut, évêque de Blois, également membre du conseil permanent. C’est un sujet fédérateur, mais aussi un sujet très large qui peut être abordé sous des angles très différents ? Un sujet aussi qui peut aussi susciter des conflits. »

De nouvelles méthodes de travail

Chaque évêque a été invité à venir à Lourdes accompagné de deux personnes de son choix. « Pas tant en raison de leurs compétences sur la question que de leur intérêt, indique Mgr Batut. Cette invitation était aussi une manière de vivre une expérience de la synodalité et de coresponsabilité dans l’Église, mais aussi de manifester que les évêques assument leur mission au quotidien leurs responsabilités avec d’autres. » « Le travail synodal se vit en effet dans nos diocèses, confirme Mgr Rougé, évêque de Nanterre et luis aussi membre du conseil permanent. C’est quelque chose que les baptisés ne perçoivent pas et qui doit être mieux perçu au niveau national. » Le nombre d’invités présents, laïcs, prêtres ou diacres, indique que les évêques ont joué le jeu. Avec un manque, reconnaît Rougé : il manque des représentants de la vie monastique qui ont certainement une expérience à faire valoir pour nourrir la réflexion.

Passer d’une assemblée d’une centaine de membres à plus de trois cents imposait de nouvelles méthodes de travail. Six intervenants ont ainsi commencé par apporter leur expertise, et surtout faire part, pour certains, de leur « conversion écologique ». Comme Raphaël Cornu-Thénard, fondateur du mouvement d’évangélisation Anuncio, qui explique avoir fait tardivement la découverte de la question écologique, et que c’est après une « conversion profane dans son mode de vie » qu’il a « découvert que l’écologie était dans le prolongement de la vie chrétienne ». Ou encore Gauthier Chapelle, ingénieur agronome et docteur en biologie, coauteur de Une autre fin du monde est possible, éloigné de l’Eglise depuis longtemps, mais qui était en attente que celle-ci aborde cette question de l’écologie. Sa conviction est que nous avons besoin de renforcer le collectif pour faire face aux difficultés de de demain, et le message chrétien peut y contribuer pour sa part.

Le travail en atelier qui a suivi dans l’après-midi, a permis, selon de nombreux témoignages, à tous de s’exprimer, grâce à des techniques d’animation proposées par un coach mobilisé pour l’occasion.  Des méthodes utilisées en entreprise ou dans les milieux alternatifs, mais assez inédites pour un bon nombre d’évêques, mais qui s’inscrivent dans la démarche d’écologie intégrale qui appelle à stimuler l’intelligence collective et à travailler de manière plus collaborative, tout en favorisant l’écoute. Une formule qui a frappé les participants résume cette intuition : « Moins de biens, plus de liens. »

Quelle suite ?

« Si l’intérêt de la thématique se confirme, nous pourrons l’approfondir au long des assemblées à venir », déclarait Mgr Éric de Moulins-Beaufort dans son mot d’ouverture le mardi 5 novembre au matin. Quelle que soit la suite qui sera donnée à ce processus au niveau national, il est d’ores et déjà évident pour les participants que le travail se poursuivra dans les diocèses. « Il ne peut s’agir d’un colloque-parenthèse. C’est un moment d’émulation. Un travail est possible avec les invités de chaque diocèse, affirme Mgr Blanchet. Il nous notamment reprendre cette double clameur dont parle le pape François dans Laudato si’ : celle des pauvres et celle de la terre. »

Pour de nombreux laïcs présents, il serait difficilement compréhensible que les évêques s’arrêtent en chemin.  « L’Église est bien présente sur ces sujets, même si elle affiche un retard sur les questions d’écologie environnementale. Beaucoup de chrétiens ont mis en jeu leur vie en la matière et les attentes sont fortes. Il est urgent que l’Eglise se saisisse pleinement de cette question, et à travers cette assemblée, la conférence des évêques envoie un signe fort », avance Raphaël Cornu-Thénard. Pour Mgr Rougé, « l’expérience d’ecclésiologie fraternelle » vécue ces deux jours est « en consonance avec une réflexion chrétienne sur l’écologie ». Une réflexion qui, pour porter du fruit, a besoin de s’inscrire dans la durée et appelle aussi un approfondissement théologique qui devra venir en son temps.

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