LOURDES – Le temps des alternatives

lafageMa collègue Agnès Chareton a participé aux journées dédiées à l’écologie lors de la conférence des évêques de France à Lourdes récemment. Elle y a aussi rencontré des laïcs engagés. Comme Marie Hélène Lafage, par exemple, vice-présidente des Altercathos à Lyon.

Comment avez-vous reçu cette invitation inédite ?

La Conférence des évêques de France (CEF) a ouvert une réflexion de trois ans sur l’écologie. C’est très bien, parce que la conversion écologique prend du temps. On ne va pas tous se mettre à l’écologie à la fin d’une assemblée plénière ! Cela fait cinq ans que l’encyclique Laudato Si a été publiée, mais nous avons encore un travail important à faire d’appropriation de ce texte dans l’Église. Nous l’avons vu à Lourdes avec des débats sur la notion de péché écologique, de théologie, d’ancrage dans les diocèses… Tout cela va prendre du temps. Je me réjouis que des laïcs soient associés à cette démarche.

Inviter des laïcs pour parler d’écologie, c’est pertinent ?

Sur l’écologie, oui. Je suis très pragmatique. L’écologie demande de créer des liens avec des acteurs qui sont en-dehors de l’Église. Cela ne veut pas dire que les clercs ne peuvent pas le faire. Mais il est fondamental que des laïcs engagés dans la société sur ces questions écologiques montent des initiatives dans l’Église en lien avec ces acteurs de la société civile. La place des laïcs sur ce sujet me semble extrêmement légitime. Le nouveau président de la CEF, Mgr de Moulins-Beaufort, a voulu impulser quelque chose de différent en faisant venir des laïcs, mais aussi dans la méthode. Un véritable dialogue a été engagé. Ce qui était beau, c’est que nous étions vraiment « en Église », laïcs et évêques, à l’écoute de ce qui est en train de se passer dans le monde et dans la société.

Que retenez-vous de cette rencontre ?

Une sorte de bouillonnement, il y a eu des témoignages forts ! Nous avons mis en commun l’état d’avancement de la réflexion sur l’écologie. Parler de « collapsologie » (ndlr « d’effondrement ») au sein de l’Assemblée des évêques, ce n’est pas anodin. Il y a eu une écoute. Il faudra voir comment cela sera reçu et transcrit dans les diocèses. Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il y a eu une progression. Le premier jour, nous étions un peu dans le chapitre I de Laudato Si, avec le constat de ce qu’il se passe dans notre « maison commune. » Le second jour, l’Évangile de la création a été davantage abordé, c’est-à-dire la deuxième partie de l’encyclique, avec le théologien Fabien Revol. C’était pour moi essentiel. Au-delà du constat de l’urgence écologique, comment regarder ce défi avec notre foi ?

L’Eglise a-t-elle une parole particulière à faire entendre sur l’écologie ?

Laudato Si, du pape François, répond parfaitement à la question. Oui, les chrétiens ont un message particulier à apporter sur l’écologie, un message joyeux, car nous sommes reliés à la Création. L’encyclique évoque une conversion écologique communautaire, l’exigence du dialogue, de la solidarité, la nécessité d’entendre la clameur de la terre et la clameur des pauvres… Ce message chrétien, qui embrasse toute la doctrine sociale, est extrêmement fort.  L’Église possède des ressources internes qu’il faut mobiliser, notamment sa force communautaire. Il existe déjà des lieux dans l’Église où se vit la sobriété : dans certaines communautés monastiques ou chez les Scouts et Guides de France, qui ont engagé une vraie conversion écologique. C’est dans ces espaces que nous allons pouvoir nous enraciner pour faire de l’écologie. Que veut dire pour nous l’écologie chrétienne ?  Qu’est-ce que cela implique en termes d’action ? Mettons-nous en route !

Revenez-vous à Lyon avec un nouvel élan ?

A Lyon, nous avons déjà une délégation diocésaine à l’écologie, la chaire Jean Bastaire, un théologien spécialiste de ces questions, Fabien Revol. Je m’occupe moi-même de groupes de conversion écologique, et je suis sollicitée par des paroisses pour en monter ailleurs. Il y a aussi le label Église verte. Comment valoriser et redynamiser ce bon terreau ? Toutes ces initiatives doivent se rencontrer et se féconder mutuellement. Je pense que le rôle de l’Église ne sera pas d’impulser des choses par le haut mais plutôt de créer un espace de rencontre et de dialogue entre des groupes qui font de l’écologie mais qui ne se connectent peut-être pas assez les uns aux autres. Il y a des richesses extraordinaires dans l’Église.

Recueilli par Agnès Chareton

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