EVEQUE – 2019, année é…cologique

2010 ECOLOGIES et EGLISES Janvier délégués Poitiers.jpgEn ce début d’année, Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, évoque, dans une tribune récente publiée dans le journal La Croix, le « kairos écologique » qu’aurait été l’année passée.

Occasion pour lui aussi de montrer les liens qui peuvent se faire dans les prises de conscience actuelles dans nos sociétés. Il avait déjà réagi durant l’assemblée plénière des évêques à Lourdes en novembre. Le synode de son diocèse lui-même avait évoqué les enjeux de l’écologie intégrale dans son orientation n°5

2019 ECOLOGIES et EGLISES Janvier Synode Poitiers 2018.png

On verra si ces invitations assez générales dépasseront les intentions déjà évoqués dans d’autres documents d’évêques dans les années passées. On notera aussi que, décidément, l’écologie dans une perspective chrétienne, est humaine, sociale, liée aux modes de vie, mais pas ou presque environnementale. Un comble non ?

Alors que 2019 a vraiment été une année plus décisive dans la prise de conscience écologique ? Qu’en pensez vous ?

 

Voici le texte de la tribune de l’archevêque.

La question écologique n’est pas récente ; les prises de conscience remontent à quelques décennies ; Laudato si date de 2015… et pourtant, j’ai le sentiment que ce n’est que cette année que le grand public a pris conscience de l’importance des enjeux de l’écologie et de la gravité de la crise, jusqu’à passer directement de l’indifférence à la collapsologie.

Ceci est sans doute normal. Les prophètes commencent toujours par crier dans le désert. Les partis politiques qui, en France, ont porté ces questions, ont souvent été plus libertaires qu’environnementaux. Avant tout, les divers dérèglements qui affectent la planète et le vivant ne sont pris en compte que lorsque l’on en est directement affecté. Sans doute ceci devient-il le cas avec ce qui touche le climat, l’agriculture, l’alimentation transformée, etc.

Ceux qui le voudront pourront aussi nommer, parmi les facteurs plus décisifs, celle que Time a déclaré personnalité de l’année 2019, Greta Thunberg.J’ajoute que parmi les raisons de cette prise de conscience, il y a la perception du caractère de plus en plus intolérable de toutes les formes de violences, en particulier celles faites aux enfants, notamment par des membres du clergé, comme celles faites aux femmes.

Nous sortons – est-ce vraiment le terme ? La violence est-elle derrière nous ? – de décennies de violences non condamnées, non dénoncées, de décennies de puissance souvent destructrice.Il y a un lien, réel, fort, entre les violences infligées aux femmes et aux enfants et celles infligées à la planète. Sur ce point, on peut reprendre le « tout est lié » du pape François : les dénonciations du cléricalisme, du patriarcat, du machisme, de l’exploitation des richesses naturelles sont liées parce que ces attitudes s’appellent l’une l’autre.

Mais on ne veut pas entendre les victimes, les prophètes, les poètes ; on ferme les yeux, on dit que cela passera, on espère encore en la toute-puissance des techniques et du génie humain. Le temps est sans doute venu de dire « stop » à toutes les formes de puissance et de suffisance. Mais ceci demandera du temps ; on est tellement persuadés que la puissance peut tout ; les XIXe et XXe siècles l’ont tellement mis en œuvre. Y compris dans l’Église catholique.

Pensons à nos organisations, professionnelles, politiques, religieuses, très souvent pyramidales, qui reconnaissent un pouvoir quasi sacré à celui (c’est rarement celle) qui est à son sommet. C’est tout de même plus qu’étonnant qu’à l’heure où l’on dénonce les pouvoirs solitaires, un Président, en France, ait été comparé à Jupiter. Une telle assimilation ne laisse guère présager de grands changements dans les domaines de l’écologie, car celle-ci parle tout autant des relations entre les êtres humains qu’entre ceux-ci et l’ensemble de la planète.

Mais, si Jupiter il y a, si parfois, il y a eu des responsables catholiques qui se sont comportés tels (avec ce que ceci dit de paganisme et d’antinomique avec la foi chrétienne), c’est aussi parce que le peuple peut trouver plus confortable de laisser quelqu’un décider à sa place, quitte à le critiquer ou à le renvoyer ensuite.La responsabilité commune, partagée, est difficile, elle expose, elle sous-entend que l’on peut tâtonner, se tromper, et qu’il faudra le reconnaître ; pourtant, elle est éminemment souhaitable. Je me demande parfois si le peuple, y compris dans l’Église catholique, a le réel désir d’exercer sa pleine responsabilité.

Certes, nos pays européens sont des démocraties, cependant, ils sont de plus en plus soumis à des réglementations complexes et détaillées de sorte que tout devient codifié et encadré ; la bureaucratie paralyse les initiatives, aussi dans l’Église catholique. C’est comme si le risque était assimilé à un danger ou bien n’avait plus comme lieu d’exercice que les sports extrêmes ou le saut à l’élastique.A contrario, lorsqu’il s’est agi de dire la foi, les premiers conciles ont préféré les formules négatives, signifiant ainsi que l’on ne peut jamais dire Dieu, toujours plus grand, on ne peut que désigner les chemins qui le travestissent.

Alors, lorsque l’on peut s’entendre formuler une telle question : « Mon Père, dites-nous ce qu’il faut faire », le meilleur service à rendre n’est-il pas de ne pas répondre ? Croyons-nous que chaque chrétien a reçu l’Esprit Saint ? Qu’il est adulte dans la foi ? Mais, on a tellement été habitué à ce que quelqu’un dise ce qu’il faut faire, ou qu’un règlement le codifie…

S’engager pour l’écologie est donc bien plus qu’un seul souci pour les espèces animales en voie de disparition ou pour l’équilibre climatique. L’écologie concerne nos rapports les uns avec les autres, les modes d’exercice du pouvoir, le rapport entre les sexes et les générations.

2019 est sans doute ce kairos qui ouvre une nouvelle période de l’histoire humaine, et donc pareillement de l’Église catholique. Celle-ci vit au milieu des hommes et surtout, elle ne peut s’engager dans un travail écologique sans penser, accepter, que ceci ne modifierait en rien les relations entre les personnes en son sein. Je reconnais que c’est très hasardeux de tenir un tel propos. Peut-être se révélera-t-il erroné au vu des années à venir.

Je constate que le système capitaliste ne s’est jamais aussi bien porté, les indices boursiers ont flambé, l’exploitation des énergies fossiles bat son plein, la vente des SUV est à son plus haut niveau et des gouvernants climato-sceptiques fanfaronnent sans vergogne. Dans l’Église catholique, on exalte la virilité et promeut l’agenouillement permanent. Derniers feux de systèmes qui, se sentant à bout de souffle, redoublent de manifestations grandiloquentes, ou bien avènement d’un temps d’exaltation de toutes les formes d’une puissance perverse… je demeure avec cette question.

J’en conclus que si nous pensons que des changements sont absolument nécessaires, pour le bien des personnes et de la planète, ils ne viendront pas d’eux-mêmes, comme naturellement et spontanément. Beaucoup les refusent et les refuseront. Le temps n’est alors pas à la tiédeur ; il est au risque.

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