AMAZONIE – Très chère amie (1/6)

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Capture d’écran 2020-02-12 à 15.06.50Le pape François vient de rendre public le texte de son exhortation apostolique qui répond au travail du synode sur l’Amazonie qui s’est tenu à Rome en octobre dernier. Un nouvel étage à la fusée de l’écologie intégrale à découvrir.

Le blog E&E et le site lepelerin.com vous proposent plusieurs outils pour découvrir ce texte

 

EN VOICI ICI UNE VERSION COMMENTEE, chapitre par chapitre

  1. L’Amazonie bien-aimée se présente au monde dans toute sa splendeur, son drame et son mystère. Dieu nous a fait la grâce de l’avoir tenue spécialement présente au cours du Synode qui s’est déroulé à Rome du 6 au 27 octobre, et qui s’est achevé par un texte ayant pour titre Amazonie : nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale.

E&E : Intéressant cette entrée en matière. Pas banal de souligner le caractère affectif que les sud-américains ont pour cette part de leur continent. « Chère Amazonie », pourrait on écrire, comme une lettre ouverte. D’ailleurs le ton lyrique, par moments du document, confirme cette approche sensible de la réflexion proposée. Splendeur, drame, mystère  les trois mots choisis résument bien le processus spirituel qui est proposé : partir de la contemplation des beautés naturelles de cette terre, oser poser aussi un regard lucide sur les violences qui lui sont faites, et ouvrir à un engagement personnel et intérieur pour défendre le don de la Création qui nous est fait.

Le sens de cette Exhortation

  1. J’ai écouté les interventions pendant le Synode et j’ai lu avec intérêt les contributions des cercles mineurs. Dans cette Exhortation, je souhaite exprimer les résonances qu’a provoquées en moi ce parcours de dialogue et de discernement. Je ne développerai pas toutes les questions abondamment exposées dans le Document de conclusion. Je ne prétends pas le remplacer ni le répéter. Je désire seulement fournir un bref cadre de réflexions qui incarne, dans la réalité amazonienne, une synthèse de certaines grandes préoccupations que j’ai exprimées dans mes documents antérieurs, et qui aide et oriente vers une réception harmonieuse, créative et fructueuse de tout le chemin synodal.

E&E : Ce petit paragraphe introductif resitue bien le sens de la démarche chez un pape qui veut relancer l’approche synodale du discernement dans l’Eglise catholique. Il faut donc écouter, lire, laisser résonner en soi, accepter les dialogues, prendre le temps d’intérioriser. Tout ce que le synode lui-même a vécu dans une démarche tout à fait originale. L’exhortation laisse le Document final du synode faire son chemin sur le terrain. Mais le pape accompagne par un « cadre » et des préoccupations pastorales pour en faciliter la réception dans les communautés à travers le monde.

3. En même temps, je veux présenter officiellement ce Document qui nous expose les conclusions du Synode auquel ont collaboré de nombreuses personnes qui connaissent, mieux que moi et que la Curie romaine, la problématique de l’Amazonie, parce qu’elles y vivent, elles y souffrent et elles l’aiment avec passion. J’ai préféré ne pas citer ce Document dans cette Exhortation parce que j’invite à le lire intégralement.

E&E : La publication de l’exhortation est donc un complément du document final du synode qui a rassemblé l’expérience venu du terrain lui-même. Ce document a donc une valeur en soi dans le processus en cours et l’exhortation ne vient ni le remplacer ni le digérer sous forme de document d’autorité papal. Or ce document a fait des propositions pastorales nouvelles, parfois audacieuses. Comme le précisera le pape plus loin, il ne s’agit pas tant de valider ou pas telle ou telle proposition que de faire émerger des approches nouvelles sur des questions souvent clivantes.

4. Dieu veuille que toute l’Église se laisse enrichir et interpeler par ce travail ; que les pasteurs, les personnes consacrées et les fidèles laïcs de l’Amazonie s’engagent pour son application et qu’il puisse inspirer, d’une manière ou d’une autre, toutes les personnes de bonne volonté.

Rêves pour l’Amazonie

5. L’Amazonie est une totalité plurinationale interconnectée, un grand biome partagé par neuf pays : le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Équateur, la Guyane, le Pérou, le Surinam, le Venezuela et la Guyane Française. Cependant, j’adresse cette Exhortation à tous. Je le fais, d’une part en vue d’aider à réveiller l’affection et la préoccupation pour cette terre qui est aussi la « nôtre » et vous inviter à l’admirer et à la reconnaître comme un mystère sacré. D’autre part, parce que l’attention de l’Église aux problématiques de ce lieu nous oblige à reprendre brièvement certains thèmes que nous ne devrions pas oublier et qui peuvent inspirer d’autres régions du monde face à leurs propres défis.

E&E : Document d’application pour les diocèses amazoniens. Document d’inspiration pour tous les autres. Invitation faite à tous à se préoccuper de ce patrimoine commun de l’humanité. Invitation faite à chacun à comprendre en quoi les difficultés de cette partie du monde doivent inspirer la manière dont les communautés chrétiennes ailleurs gèrent les leurs.

6. Tout ce que l’Église offre doit s’incarner de manière originale dans chaque lieu du monde, de sorte que l’Épouse du Christ acquière des visages multiformes qui manifestent mieux l’inépuisable richesse de la grâce. La prédication doit s’incarner, la spiritualité doit s’incarner, les structures de l’Église doivent s’incarner.

E&E : Voilà sans doute un des mots clés de ce texte : l’incarnation. Et c’est bien l’intuition de cette démarche synodale : les difficultés rencontrées sur le terrain invitent non pas à des discours ou des analyses, mais à une spiritualité de l’incarnation. Le terrain « parle » dans la vie des hommes et des femmes maltraités, dans la réalité d’une Création bafouée, dans le constat d’une économie prédatrice qui a oublié de se mettre au service du lien social. Cette incarnation douloureuse évoque la manière dont Dieu travaille le monde, en partant toujours des gens des Béatitudes. 

Voilà pourquoi je me permets humblement, dans cette brève Exhortation, d’exprimer quatre grands rêves que l’Amazonie m’inspire.

7. Je rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue.

Je rêve d’une Amazonie qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières.

Je rêve d’une Amazonie qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts.

Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits amazoniens.

E&E : Un pape a-t-il le droit de rêver dans un document officiel ? La question n’est pas anecdotique et en dit long de la manière dont François soutient un processus de discernement. Ses « rêves » ne sont pas des songes creux mais des appels et des rappels. Un peu à la manière du « rêve » d’un Martin Luther King et de la veine prophétique biblique. Ce rêve à quatre dimensions structure la suite du document. Apparait aussi ici une expression que le pape avait déjà évoqué lors de son voyage au Pérou : cette expérience d’incarnation dans une terre fait émerger des nouveaux visages de l’Eglise, une nouvelle manière d’être et de lutter. Il ne s’agit donc pas juste de prendre soin d’une terre meurtrie mais de se laisser soi même changer -jusque dans son visage, son identité – par la rencontre ainsi vécue.

 

 

 

 

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