DESINVESTIR – Investir dans l’avenir, non dans le passé

2020 Desinvest 2Depuis plusieurs années, la société civile mais aussi les organisations chrétiennes appellent à travers le monde à sortir de tout investissement dans les énergies fossiles. Un levier puissant qui touche directement au nerf de la guerre. Quelques rappels sur le chemin parcouru.

Récemment, c’est le Conseil oecuménique des Eglises qui participe à un appel commun d’Eglises et d’organisations confessionnelles en ce sens, lancé fin mars 2020. Il devait accompagner la conférence d’Assise sur l’économie que le pape François avait suggéré, mais qui a du être reporté pour cause de pandémie mondiale. C’est l’ONG Opération Noé qui mène le mouvement de cet appel, avec le COE donc, le GCCM, Green Anglicans et GreenFaith. Tous appellent les cosignataires à sortir, en 5 ans au plus tard, de ces investissement qui entretiennent l’économie carbonée actuelle. Un appel qui veut aussi préparer le sommet sur le climat à venir (? en novembre 2020 à Glasgow – COP 26).

Le mouvement mondial de désinvestissement a déjà impacté près de 14 000 milliards de $ de fonds d’investissement à travers le monde, après 5 ans de campagne.a starting point of $50 billion just five years ago. Sur les 1100 organismes qui participent à ce mouvement, 352 sont confessionnels.

GRANDE BRETAGNE

2020 DesinvestDans cet élan, les Jésuites de Grande-Bretagne ont ainsi annoncé fin février désinvestir tous leurs fonds de telles industries. Soit quand même près de 400 millions de £ qui servent à financer leurs travaux et projets apostoliques à travers le monde. Dès à présent plus de la moitié de ces financements ont déjà été transformés en ce sens et le reste suivra d’ici la fin de l’année. « Le changement climatique est le défi le plus urgent alors que les désastres climatiques engendrent de plus en plus de destructions, frappant durement les pays pauvres, alors qu’ils sont les moins responsables de cette situtation », rappelle le F. provincial Damien Howard. Toutes nos institutions doivent répondre à cette crise écologique en prenant des actions importantes pour réduire l’utilisation énergétique, en optant pour des sources renouvelables. Des investisseurs à grande échelle doivent faire tout ce qui est possible pour éviter les conséquences sévère de ce qui arriverait en cas d’inaction. » the severe consequences that could result if adequate measures are not taken. » L’opération des jésuites britanniques fait suite à ce que leurs collègues du Canada(Octobre 2016), d’Italie (mai 2017), d’Australie (juin 2017), du centre européen jésuite de Bruxelles et du réseau écologique du Kenya ont déjà réalisé en ce sens. Du côté des diocèses, Middlesbrough et Lancaster ont été les premiers à se lancer dans l’opération en GB. Et d’autres congrégations religieuses se sont mises en route : Passionistes, Soeurs de la Charité, Soeurs de la Présentation, Soeurs franciscaines mineures…

Un programme pour procurer de l’énergie à partir de sources renouvelables à bas côut connait un succès grandissant dans le pays. Et désormais donc ce sont les écoles et universités catholiques qui veulent rejoindre la proposition. Le programme repose sur un groupement d’achat d’énergie basé sur le partenariat entre  Churchmarketplace (CMP) et Interdiocesan Fuel Management (IFM) Limited, et qui est capable de procurer de l’énergie à bas coût parce que ce n’est pas la notion de profit pur qui mène les opérateurs et évitent donc les opérations boursières très onéreuses pour limiter les facteurs de risque de fluctuation des marchés. Cette opération est donc une belle réussite économique et c’est en dizaine de milliers de £ d’économie pour les paroisses que se comptent les résultats obtenus.

 

ETATS UNIS

Aux Etats-Unis (d’où le mouvement est parti), les choses bougent aussi. Ainsi les étudiants de l’Universite de Creighton, au Nebraska, avaient manifesté en avril 2019et ont obtenu quelques mois plus tard que l’institution va commencer à entrer dans le mouvement de désinvestissement dans ces fonds estimés à 500 millions de $ en passant de 8,9 à 5,7 % pour ces placements dans des industries qui soutiennent l’industrie des énergies fossiles (pipelines, extraction, distribution mais pas stockage). Reste à attaquer les 1,5 % de ce portefeuille d’actions qui sont directement investis dans le réseau des  » Carbon Underground 200″, autrement dit les plus grands industriels du charbon, du pétrole et du gaz (ExxonMobil, Peabody Energy Corp, BP, Royal Dutch Shell and Chevron) qui accumulent d’immense réserve d’énergies fossiles. Le président jésuite de l’université, le Fr. Daniel Hendrickson saura t-il suivre l’exemple de l’université jésuite de Georgetown et d’Hendrickson qui s’engagent à quitter totalement ce genre d’investissements ? Les étudiants de Creighton restent donc mobilisés alors qu’un référendum avait montré que 86 % des étudiants du campus approuvaient cette demande d’ici 2025. « Nous vous demandons de mettre de côté vos intérêts personnels et de faire ce qui est le mieux pour notre Université et pour notre avenir », ont-ils lancé aux responsables de l’Université, après qu’un article récent ait montré que l’établissement avait des liens financiers avec la Fondation Charles Koch (du nom de deux frères milliardaires, climatosceptiques notoires). Par ailleurs, une enquête du journal The Guardian a montré, en octobre dernier, que Shell et Exxon planifient toujours d’augmenter leur production de pétrole et de gaz de 35 % entre 2018 et 2030, a l’opposé de tout ce que demandent les accords de Paris. Pourtant, la pandémie actuelle (et la chute sans précédent des cours du pétrole) montre le mauvais calcul de ce genre de prévisions classiques. Même l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a lancé un appel à ces multinationales pour qu’elles se réveillent si elles ne veulent pas se retrouver en possession de titres qui auront perdu toute valeur dans l’avenir.

Par ailleurs, l’Université américaine jésuite de Seattle a annoncé le 19 septembre 2018 qu’elle allait désinvestir à son tour, avec un horizon pour 2023 pour atteindre un désinvestissement complet. Une première au sein des universités jésuites du pays.

 

AUSTRALIE

Photo credit: gc36.org
Brian McCoy, Provincial australien

On a déjà signalé que les jésuites d’Australie sont entrés dans le désinvestissement dès juin 2017, dont avant les grands incendies qui ont frappé le pays il y a quelques mois.Or les Jésuites contribuent aussi au projet « Flights for Forests » lancé en Asie Pacifique en 2011 en proposant une taxte de 5 $ par voyage en avion.

Et ces fonds soutiennent des projets forestiers, notamment de régénération dans la région (cf. la déclaration du provincial des Jésuites australien pour la journée mondiale de l’Environnement, le 5 juin 2017 (1). Le provincial de ce pays a souligné aussi que d’ors et déjà la Province jésuite a investi dans de nombreux projets sociaux et environnementaux, telles que des fermes éoliennes et solaires. Un rapport publié en mars 2017 (‘Climate proofing your investment: Moving funds out of fossil fuels’) donne d’autres étapes techniques pour ce désinvestissement en cours.

ECOSSE

Alors que la COP 26 doit se dérouler à la fin de l’année à Glasgow, les Eglises du pays se moblisent pour entrer dans une démarche plus écoresponsable. Le fond d’aide internationale de l’Eglise catholique écossaise (SCIAF), par exemple, a rappelé le rôel crucial de l’Eglise pour rappeler la dimension morale de la lutte contre le changement climatique. Du côté du mouvement Justice et Paix, l’insistance est que diocèses et paroisses entrent dans le processus d’écoresponsabilité. La structure Eco-congrégation, est une démarche oecuménique qui rassemble 450 églises, soit a peu près 12 % des églises écossaises.

IRLANDE

Le 12 juillet 2018, le pays devint le premier pays au monde à voter une loi exigeant que le pays désinvestisse complètement de tout soutien financier aux industries des énergies fossiles. Soit quand même près de 300 millions d’euros.

 

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Ce Fonds d’investissements stratégiques irlandais est certes mineur comparé aux 1000 milliards d’euros du Fonds norvégien par exemple. Mais l’Irlande s’est engagée à un désinvestissement de 100 %. C’est le travail patient du parlemantaire Thomas Pringle qui, issu du Comté de Donegal a vu, en aout 2007, les effets de pluies torrentielles dramatiques dans sa région. Depuis, trois autres évènements climatiques sévères ont frappé le pays.

Il faut dire que le pays part de loin : en 2018, le pays est le 2e plus mauvais élève, juste après la Pologne, dans la liste des pays européens, pour leur mobilisation contre le changement climatique. Une assemblée citoyenne a été constituée pour sortir de cette impasse. Dans le comité gouvernemental qui a été constitué pour l’accompagner, on compte notamment le théologien Colombien Sean McDonagh. Dans le pays, il est intéressant de connaître le travail du théologien Dermot Lane, ancien responsable de l’Institut éducatif Mater Dei à Dublin qui a notamment contribué à l’ouvrage Laudato Si’: An Irish Response.

 

Les évêques, par le biais de Trocaire, leur agence de développement, ont, depuis, rejoint la société civile mobilisée avec ce parlementaire. Fin août 2018,  la COnférence irlandaise des évêques -soit 26 déiocèses du pays – a décidé de désinvestir ses finances de toute industrie des énergies fossilesen cinq ans. La veille de l’arrivée du pape François dans le pays, cette annonce répond directement aux appels de son encyclique de 2015, notamment son § 165 qui appelle à ce genre d’opérations.

Plusieurs institutions catholiques irlandaises avaient déjà franchi le pas : Trinity College Dublin, Maynooth University et The National University of Ireland, Galway, etc..

 

ITALIE

On peut noter que dans ce pays la Communauté monastique de Siloe est la première de ce genre à décider de désinvestir. Et le diocèse de Pescara est le deuxième au monde.

COTE CATHOLIQUE A TRAVERS LE MONDE

En mai 2017, à quelques jours du G7, le GCCM a annoncé que désormais ce sont 27 institutions catholiques ont aussi rejoint ce mouvement ce désinvestissement. Neuf d’entre elles entrent dans la danse ouvert par quelquesONG précurseurs, ce jour là (dont plusieurs congrégations et diocèses du Royaume Uni, des USA et de l’Italie. Dans le détail : St Joseph’s Province of the Congregation of the Passion – English Province of the Passionists (UK); the Mission Congregation of the Servants of the Holy Spirit (Global, General Curia); the Diocese of Pescara (Italy); Il Dialogo (Italy); the Italian Jesuits (Italy); Rete Interdiocesana Nuovi Stili di Vita (Italy); Siloe Monastic Community (Italy); MGR Foundation (USA); and the Wheaton Franciscan Sisters, Daughters of the Sacred Hearts of Jesus and Mary (USA).)

« Par cette annonce, nous voulons montrer aux gouvernements l’implication des catholiques, et envoyer un signal fort à un moment important sur la scène diplomatique », souligne Cecilia Dall’Oglio, coordonnatrice des programmes européens du mouvement. En janvier déjà, une conférence à Rome avait préparé le terrain, donnant des pistes aux institutions catholiques pour désinvestir.

En avril 2018, une coalition internationale d’institutions catholiques ont annoncé, à leur tour, de rejoindre le mouvement. Des acteurs conséquents comme Caritas Internationalis, des banques catholiques et plusieurs évêques.

 

 DOCUMENT DE LA PROVINCE JESUITE AUSTRALIENNE

(1) Australian Province of the Society of Jesus / Statement for World Environment Day – 5 June / By Fr Brian F McCoy SJ, 2 June 2017

I have in the Province Office a few dot paintings. One of them is by an Aboriginal artist who was instrumental in bringing the Walmajarri people back to their ancestral land in 1979, after a cattle station was established on it in the early twentieth century. His painting is a map but reveals more than a map. It describes the contours of the land, creek and waterholes. It also notes the ancient sites of significance and the places of spiritual meaning and story. I never saw or appreciated any of those deeper levels of meaning when I first visited in 1974. Over time, through friendships and participation in ceremonies, I came to see and value much more what it means to walk upon this land.It has been clear for some years that we human beings will need to reconsider our relationship with the land if we are to preserve our world for future generations. The more we learn about the interconnectedness of life, the more we see how our decisions and actions can have far-reaching impacts, particularly on vulnerable communities in the poorest parts of the globe. Pope Francis has emphasised how serious the crisis is and how urgent the call to world leaders and Christians to address it personally and together.

‘Poverty, social exclusion and marginalisation are linked with environmental degradation’ [GC36, Decree 1, Companions in a Mission of Reconciliation and Justice, #29]. Bringing these challenges together, our work today must focus on building right relationships with God, with each other, and with creation [GC35 Decree 3, quoted in GC36, Decree 1, #21]. We know as Christians that where we have failed in our relationships, a process of reconciliation is needed. We are asked to commit ourselves to set right what has been broken.This is why we speak of Reconciliation with Creation in our response to our environmental challenges. In committing ourselves to reconciling our relationship with creation we are asked to reflect on the impact of the choices that we make on the environment and on vulnerable communities around the world.

Our new Reconciliation with Creation task force, which has been put together by Jim Barber, my Delegate for Social Ministry, has been reflecting on these questions for us at the Province level. They have identified some valuable work that is being done in our schools, our retreat and residential houses, at Jesuit Social Services and in other ministries, which we hope to highlight and build on across the Province in the coming months.The task force has also put forward some proposals for the Province around the impact of our investments and activities which I will outline below.The Province has funds that must be managed in ways that will sustain the ongoing work of the Society in Australia. The key principle of the Province’s investment strategy is that all investment decisions must reflect the mission and values of the Province. The Society of Jesus has developed and implemented ‘Responsible Investment Guidelines’ to assist in this.

In particular, investments should not be made in companies in which there are serious concerns about their response to social justice and environmental issues. Industries which the Province would consider to be in conflict with its mission and values include tobacco manufacturing; gambling; pornography and prostitution; and manufacture and distribution of armaments. Our guidelines currently adopt two screening methodologies: negative screening, avoiding investment in organisations or industries which have a negative impact on society and the environment; and positive screening, searching for investments that contribute positively to society and the environment. The Province has a number of investments in companies that contribute positively to society and the environment, including social bonds, wind turbine farms and solar energy.Moving forward, we will be working closely with our external asset managers to develop strategies to assist the Province in divesting in fossil fuel or tier 1 companies – as detailed in the Australia Institute March Report ‘Climate proofing your investment: Moving funds out of fossil fuels’ – with a view to adding this to our screening requirements. In the light of our commitment to reconciliation with creation, we believe that divestment is an ethical, impactful and valuable opportunity to consider not only for the Australian Province but for all Australian companies.

Flights for Forests

Travel brings us together and can be important in building relationships across Australia and around the globe. However, aviation is also one of the leading contributors to climate change. The Flights for Forests initiative was launched by the Jesuit Conference of Asia Pacific in 2011, and is now gaining interest in other parts of the world. It provides a way to offset the environmental impact of travel by contributing $5 to the initiative for each flight taken. Funds contributed to Flights for Forests are used to support forestry and other environmental regeneration projects across the region. I strongly encourage Jesuit communities and ministries to commit ourselves to voluntary contributions to this scheme and to do so in preference to any carbon offset programs that airlines might offer. After discussions with Province Treasury, I am proposing that the simplest way is to base this contribution on the estimated total number of flights for the year which ministries and communities already register on the annual insurance forms. Those ministries and communities who wish to be part of the scheme would be invoiced on the basis of $5 per flight over the year, with the invoices being sent quarterly by the Province Office. We will then combine these contributions to make a quarterly Province contribution to Flights for Forests. This would mean, of course, that communities and ministries would need to include such contributions in their budgets for the year. By making the payments quarterly rather than annually, I hope we can become more conscious, in an ongoing way, of the impact of our activities on the environment.

Flights for Forests currently supports projects in the Philippines, Cambodia and Timor Leste. However, as the initiative grows the hope is to expand the number and reach of the projects that it supports. I encourage you to also consider if there are environment projects connected to your own ministry, particularly in areas and communities that are vulnerable, that could be supported through this initiative.Neither of these new initiatives means that we stop looking for ways to improve our carbon footprints in the way that we undertake our ministry. Individuals and ministries should also be considering whether travel is always essential, and whether other ways to make connections, such as videoconferencing, are more viable. We should look at our use of resources, and find ways to run our works more sustainably. And we should consider how we encourage the many people we interact with in our ministries to consider more deeply their own relationship with creation.Along with this article for World Environment Day, we have a prayer resource that communities and ministries might use together. While the challenges might seem insurmountable at times, we should remember that as Pope Francis said recently, for Christians ‘the future has a name, and that name is hope’. As we build partnerships across our Province, and share ideas and initiatives on how to better manage resources and reduce our impact on the environment, I hope that we also find encouragement in the knowledge that the God who is Creator guides us in our efforts. /

 

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