SEMAINE LAUDATO SI – Des témoins et des précurseurs

Capture d’écran 2020-05-19 à 17.19.09Les amis du réseau Chrétiens dans le Loiret envoient d’intéressantes nouvelles. J’y pioche notamment ce témoignage d’un chrétien engagé de longue date, l’ami Yves.

Si vous voulez faire du lien avec ce réseau bien actif, voici le contact :

chretiens.ecologie45@gmail.com

Et voici ce du’évoque Yves

Lorsque la lettre du Pape « Laudato Si » a été publiée, en septembre 2015, je me suis senti rejoint par ce message, adressé à tous les habitants de la terre, et donc à moi en particulier, et sans doute plus à moi qu’à d’autres, parce que cette question, le soin à la terre, à la nature, m’habite depuis l’enfance.
La nature a toujours été pour moi un lieu d’émerveillement, et d’épreuves aussi. Une rivière passait près de chez nous. Des martins pêcheurs venaient se poser sur les lilas devant la maison. Mais j’ai vu deux fois cette rivière gravement polluée par des déchets industriels, causant la mort de milliers de poissons. Dans notre lieu familial de vacances en bord de mer, durant toute mon enfance et ma jeunesse, j’ai compté sur le rivage les milliers d’oiseaux victimes du dégazage ordinaire des pétroliers, ainsi que, par faits de « chasse », simplement blessés ou tués, des mouettes, des goélands (aujourd’hui protégés)… En lisant les aventures de Tintin, j’étais choqué par l’ignorance qu’Hergé avait de la nature, mais c’était la même ignorance chez mes professeurs en général, chez les prêtres, qui n’apprennent toujours pas que le lac de Tibériade en Israël accueille au printemps des milliers d’oiseaux migrateurs et des tapis de fleurs merveilleuses dans son pourtour (les « lis des champs » !), la même ignorance chez les chrétiens généreux qui partaient faire du développement en Afrique…
J’ai donc choisi, à la fin de mes études d’agronomie, de m’orienter vers l’écologie, mot nouveau à l’époque et pas encore compris par tout le monde, qu’a popularisé ensuite l’un de mes professeurs, René Dumont, candidat aux élections présidentielles. Le choix pour moi de travailler avec le monde agricole s’imposait du fait de l’enjeu important de l’écologie dans ces métiers (qui concernent environ 2/3 du territoire Français).
La nature a aussi à voir avec ma foi au Christ. Comment dire que j’allais prendre soin des humains pour qui le Christ a donné sa vie, tout en laissant mourir la nature qui les environne, les nourrit, les émerveille, régénère leur eau, leur air, les sols indispensables à leur vie ?…
Mon travail, en particulier dans le cadre des organisations professionnelles agricoles, s’est d’abord consacré à la formation, celle des futurs agriculteurs, des conseillers agricoles, des futurs responsables professionnels, des agriculteurs en activité… J’ai pu, par ce moyen, permettre d’aider beaucoup à réfléchir à leur métier, à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires toxiques, à se poser la question de l’agriculture biologique, à se soucier des espèces sauvages qui sont en lien avec les lieux cultivés. Mais je me heurtais sans cesse à la réticence des organisations professionnelles.
C’est suite à mon choix de me mettre à mon compte, que j’ai pu enfin accomplir dans diverses situations locales, par la médiation territoriale, le dialogue et le conseil, ce que j’avais au fond de moi : aider à prendre en compte la dimension écologique dans les campagnes, ce qui nécessite de travailler avec tous les acteurs des territoires concernés, agriculteurs, élus, associatifs, fonctionnaires, résidents locaux, clients, fournisseurs, écoles, chercheurs, chasseurs, forestiers…
Aujourd’hui, même si la société a fait certains progrès (par exemple on a appris à réduire la pollution des rivières, à protéger certaines espèces inutilement massacrées, à préserver certains écosystèmes….), je dois reconnaître que l’épreuve de mon enfance concernant la nature existe toujours.
Il me faut comprendre encore aujourd’hui que l’ignorance des décideurs en général, (et nous sommes tous décideurs à notre niveau), en ce qui concerne la nature, reste un élément culturel fondamental, mes missions comme consultant me l’ont sans cesse confirmé… On en est encore, sur la nature, à l’idée du « nuisible » qu’il faut détruire et de «l’utile » qu’il faut protéger… sans comprendre que c’est toute la nature qui est utile, ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas à faire des choix dans certains contextes de vie, mais la tentation technicienne de notre société est de simplifier en supprimant la partie de la nature qui nous gène, à ne pas avoir à gérer une diversité d’espèces.
Cette nature, la « création » comme disent les chrétiens, nous avons, comme le dit la Bible au livre de la Genèse et comme le rappelle le pape François dans Laudato Si, « à la cultiver et à la garder ». C’est toute la difficulté de certains métiers en contact direct avec la nature comme l’agriculture, dans un contexte de pressions exercées par nous tous, via le marché, la technique, les financements, les aménagements du territoire, les enjeux de pouvoir… qui vont presque toujours dans le même sens…  et qui conduisent inévitablement au « printemps silencieux » comme le disait Rachel Carlson (un printemps sans oiseaux), non partout heureusement, mais très souvent et de plus en plus dans nos campagnes aujourd’hui… sans parler des conséquences sur la santé des agriculteurs, sur la vie sociale dans les campagnes…
Connaître la nature, c’est d’abord ne pas la nier, le  Covid 19 nous le rappelle ces temps-ci de façon brutale. Il y a aussi un lien mutuel entre connaître et aimer, on n’aime pas ce qu’on ne connaît pas, on ne cherche pas à connaître ce que l’on n’aime pas… il y a aussi un lien entre l’ignorance et la peur, la nature sauvage fait encore peur…
Donc, Laudato si, il faut la lire, la relire… ce qu’elle propose est devant nous, dans une perspective très grande, passionnante, qui nous invite à changer notre cœur, nos valeurs, nos choix de vie, notre spiritualité, nos relations à autrui, notre « logiciel » individuel et sociétal…. Pourquoi ne pas essayer ?

Yves Froissart

 

 

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