CANADA – La mémoire meurtrie des internats pour Indiens

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Au Canada, le scandale des internats qui ont accueilli dans de piètres conditions des enfants issus des populations autochtones, touche aussi le rôle des Eglises dans cette réalité. En juin dernier, la révélation de la découverte de près de 200 autres tombes d’enfants a grandement ému.

L’internat Kamloops, en Colombie britannique, a ainsi accueilli fin mai un rassemblement d’anciens internes du lieu, membres des peuples premiers canadiens, autour de tambours et de chanteurs traditionnels qui ont commémoré ces victimes oubliés d’un terrible système éducatif . Le chef Rosanne Casimir a rappelé que la communauté avait des souvenirs de mauvais traitements que malheureusement, les enquêtes scientifiques menés sur les sous-sols de la propriété ont confirmé.

J. Michael Miller, l’archevêque catholique de Vancouver a exprimé sa tristesse en apprenant cette découverte. « La souffrance que provoque de telles nouvelles nous rappellela nécessité de faire la lumière sur ces situations tragiques qui ont eu lieu dans ces internats dirigés par des membres de l’Eglise. Le temps qui passe n’efface par la souffrance qui touche les communautés autochtones et nous demandons que tout soit fait pour aider à guérir ces souffrances. »

En signe de deuil, les drapeaux qui ornent les batiments du diocèse ont été mis en berne, et une minute de silence a été proposée dans les écoles.

Depuis 2011, un long processus de réconciliation est en cours qui a notamment permis de libérer cette mémoire enfouie. Le diacre Rennie Nahane, qui coordonne le service diocésain des peuples premiers, demande que des réponses nouvelles soient apportées, notamment concernant la manière dont les familles étaient informées quand un enfant mourait et s’il était possible d’identifier les restes humains pour pouvoir les rendre à leurs familles respectives.

De 1890 à 1969, cet internat était dirigé par les missionnaires Oblats de Marie Immaculée, avant que le gouvernement fédéral ne prenne le relais. Des historiens ont souligné qu’une des raisons expliquant ce système maltraitant, était le peu de financement accordé à ces programmes, justifiant l’embauche de personnels enseignants peu qualifiés, au sein d’institutions mal gérées et suivies, et dans une période lourdement marquée par une approche colonialiste des relations avec les cultures indiennes locales. Le journal Le Devoir précise :  » L’ancien pensionnat de Kamloops, géré par l’Église catholique au nom du gouvernement canadien, était autrefois l’un des plus gros parmi les 139 établissements du genre mis en place dans le pays à la fin du XIXe siècle. Il avait ouvert ses portes en 1890 et avait accueilli jusqu’à 500 élèves dans les années 1950. Il a été fermé en 1969.Quelque 150 000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans ces pensionnats, où ils ont été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture. Plusieurs ont été soumis à de mauvais traitements ou à des abus sexuels, et au moins 3200 y sont morts, la majeure partie des suites de la tuberculose.Ottawa a présenté des excuses formelles aux survivants de ces pensionnats en 2008 dans le cadre d’un accord de 1,9 milliard de dollars. Ces derniers ont été victimes d’un « génocide culturel », avait conclu en 2015 la Commission de vérité et de réconciliatio ». »

Les religieux OMI ont publié un communiqué le 5 juillet dernier, pour souligner que les archives de ces écoles residentielles gérées par les Oblats sont désormais accessibles au Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR)

Les Oblats ont administré 48 écoles résidentielles au Canada, dont celle de Marieval dans la
Première nation de Cowessess en Saskatchewan, ainsi que celles de Kamloops et de Mission St-
Eugène en Colombie-Britannique, où des tombes non marquées ont récemment été identifiées.
« Le chemin à parcourir est ardu, car les communautés doivent fouiller les anciens sites et
s’efforcer d’identifier les êtres chers qui ont été retrouvés dans ces tombes non marquées.
L’accès à tous les dossiers pertinents sur les écoles résidentielles est un élément essentiel de ce
processus », a déclaré Stephanie Scott, directrice générale du CNVR. (…) S’exprimant au nom des Oblats, le P. Ken Thorson, OMI, a déclaré : « Nous reconnaissons notre responsabilité envers les communautés autochtones pour assurer l’accès à ces dossiers. Nous nous engageons à collaborer avec le CNVR pour y parvenir, y compris en engageant un soutien supplémentaire si nécessaire pour assurer que les dossiers soient fournis dans des délais raisonnables. » (…)
En réponse au mandat de la CVR, les Oblats ont déjà fourni plus de 40 000 documents au CNVR.
« Nous [au CNVR] détenons actuellement près de 7000 déclarations de survivants et cinq
millions de dossiers. La protection de la vie privée des survivants fait partie intégrante de
chaque aspect de notre travail au Centre. La mort de ces enfants n’a jamais été censée rester
cachée, et les communautés autochtones ne devraient pas avoir la charge de reconstituer cette
partie de notre histoire collective. Tous les Canadiens, les gouvernements et les institutions ont
un rôle à jouer pour honorer et commémorer ces petits qui ont péri et ne sont jamais rentrés
chez eux. »

Source : Catholic News Service ; site des OMI Canadiens

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