DEMOGRAPHIE – Quand trop c’est trop

02.2.3. Etat des lieuxIl est assez courant d’entendre, à la fin d’une conférence sur l’écologie, une interpellation récurrente : « Oui, mais vous n’avez pas parlé de démographie mondiale, qui est le problème n°1 à résoudre d’urgence ! »Récemment encore, une tribune libre sur un site breton d’actualités donnait la parole à un militant d’une décroissance démographique très volontariste. Décryptage, soixante ans après l’encyclique Humanae vitae.

Voici quelques extraits de cette joyeuse diatribe dont on ne citera pas l’auteur mais qui visiblement a un rapport au monde… un peu combattif

Il y a pourtant une solution radicale (c’est à dire qui traite le problème à la racine) : c’est d’empêcher la population mondiale de croître de façon exponentielle, en ciblant notamment les continents qui constituent la plus grande menace à l’avenir pour l’humanité.  (…) Ne serait-ce pas mieux, dès à présent, de réfléchir à l’instauration d’une politique de contrôle des naissances, dont l’efficacité (on ne parle pas ici de sentiment ni d’éthique) a été en partie prouvée en Chine lors de son application de 1979 à 2015 ? Destinée à éviter la surpopulation du pays – mais toutefois contestée car la démographie avait déjà largement chuté avant son application – elle se manifestait essentiellement par la pénalisation des parents de plus d’un enfant, mais aussi par la réalisation d’avortements et de stérilisations par la force. Cette loi est aujourd’hui remplacée en 2015 par une politique fixant le nombre maximal d’enfants à deux par famille. Le , Zhang Weiqing, responsable de la commission nationale de la population et du planning familial, affirme dans une interview accordée au site web du gouvernement chinois que la politique de l’enfant unique aurait permis d’éviter quatre cents millions de naissances en un peu plus de trente ans.

Cela fera sans doute hurler les bonnes consciences, mais aussi ceux qui, par dogme religieux, ne peuvent se résoudre à une limitation non naturelle des naissances. Néanmoins, hormis à conquérir et à aménager très rapidement plusieurs planètes de notre système solaire, ou bien à renoncer à nos modes de vie actuels et passés, il est impossible de prétendre vouloir faire tenir, vivre, consommer des milliards d’individus se reproduisant de façon exponentielle dans un espace naturel fermé et aux ressources limitées.

S’il y a bien une cause qui doit unir le monde entier dès aujourd’hui, c’est bien celle du contrôle des naissances, en Afrique essentiellement puisque c’est sur ce continent que la menace démographique est immédiate. Pour réaliser cela, pas besoin d’interventionnisme exacerbé. Ce continent doit simplement être mis en autarcie vis à vis du reste de la planète, avec aucune possibilité pour ses ressortissants d’en sortir, et cela jusqu’à ce que les dirigeants qui font la pluie et le beau temps de ces pays n’auront pas instauré cette politique continentale. Terminé les aides économiques, médicales, humanitaires, apportées, hormis si politique de contrôle des naissances il y a. (…) Si les hommes ne sont pas capables de prendre des mesures draconiennes pour contrôler leur démographie, alors la nature se chargera de leur rappeler ce qu’est une limite. Et cela risque d’être « un petit peu » plus terrible que quelques millions de stérilisations via un cachet à avaler ou une anesthésie locale…

Résumons : les humanistes écolos n’ont rien compris. Il faut un peu moins d’humanité et un peu plus de réalisme (tiens j’ai déjà entendu ça quelque part…). Et qui est le plus réaliste parmi nous ? Le régime communiste chinois et son programme de dénatalité forcée. Les chiffres sont là pour impressionner : 400 millions d’enfants « évités ». La réalité humaine derrière ces chiffres n’a pas besoin d’être évoquée. Ni le vieillissement accéléré de la population et ni le déséquilibre démographique dangereux lié à des choix familiaux qui se sont souvent faits au détriment des petites filles pour assurer leur avenir ne sont à prendre compte pour notre auteur. Le raisonnement mène donc à une résolution aussi simple que claire : coupons les vivres aux Africains (ah, en fait c’est eux le vrai problème bien sûr !) pour qu’ils arrêtent de se reproduire. Une forme « d’autarcie » ose l’auteur qui  est en fait une mise en quarantaine contre la contagion nataliste.

On l’aura donc compris, quand on va au bout de ce raisonnement aux apparences si « réalistes », on en arrive bien vite à des volontés et des politiques aussi cruelles qu’inhumaines. Sans parler de la dimension ségrégationniste qui l’accompagne.

En attendant, les pays les plus riches (toujours intéressé par les ressources naturelles de ces continents surpeuplés) n’auront rien à changer à leur mode de vie et pourront continuer joyeusement de polluer les océans et l’atmosphère. Un paradoxe que l’écologiste Pierre Rhabi souligne souvent dans ses conférences.

Tiens ? En écho à ce débat, voici un extrait d’un article récent du journal La Croix sur la réception depuis 60 ans de la fameuse encyclique Humanae vitae du pape Paul VI. Un article qui évoque la « non-réception » par beaucoup des recommandations de ce texte condamnant notamment l’utilisation de contraceptifs chimiques. Mais qui souligne aussi les questions de fond qu’il continue de poser, et qui croisent désormais les interrogation écologiques.

(…) « Cette encyclique prend en compte les dangers d’une généralisation de la contraception et peut donc être qualifiée de visionnaire », renchérit l’historien Yves Chiron, auteur de L’Église dans la tourmente de 1968 (2018). Ces dangers se situent, selon lui, sur trois plans : moral, en facilitant l’infidélité conjugale ; anthropologique, en réduisant le corps de la femme à « un instrument de la jouissance égoïste de l’homme » – selon l’expression de Paul VI – ; et politique, en permettant aux pouvoirs publics d’imposer contraception et stérilisation, comme ce fut le cas en Chine.

De fait, le respect de l’être humain et de l’environnement entre en ligne de compte, aujourd’hui, dans la condamnation de la pilule… C’est le cas de Sabrina Debusquat, journaliste spécialiste des questions de santé et d’écologie et auteur de J’arrête la pilule (2017) : « En tant que féministe, je suis agacée par cette encyclique écrite par des hommes, dit-elle. Mais je crois que la vision globale de l’Église a finalement été visionnaire : l’on ne peut pas jouer impunément avec la chimie de la nature et de nos corps. »

Mais attention à ne pas tout confondre. « Humanae vitae n’a absolument pas été écrite dans une perspective écologique », rappelle le jésuite Bruno Saintôt, responsable du département éthique biomédicale du Centre Sèvres. « Elle prétend lire directement dans les cycles naturels un principe éthique fondamental, or la loi morale n’est pas lisible directement dans la loi biologique. » Au sens strict, Humanae vitae ne peut être jugée prophétique, à ses yeux, car « elle se focalise sur le mal intrinsèque à ne pas faire et n’explore pas le bien que l’on pourrait retirer des méthodes naturelles ». La lecture écologique contemporaine de la contraception est intéressante, mais elle ne peut se réclamer à proprement parler de l’encyclique.

DL

 

 

 

 

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