LAUDATO SI – Un beau fruit de la théologie de la libération

2018 ECOLOGIE Leonardo Boff.pngA l’occasion du troisième anniversaire de la publication de l’encyclique Laudato si  (le 18 juin, pour un texte signé le 24 mai), il peut être intéressant de lire l’analyse qu’en avait fait alors et très rapidement (dès le 19 juin) un des acteurs importants de la théologie de la libération avec toutes les implications sur l’écologie, qu’est le brésilien Leonardo Boff.

Voici les principaux extraits de sa réflexion à retrouver en entier ici.

La Grande Charte de l’écologie intégrale : clameur de la Terre, clameur des pauvres

Leonardo Boff / jeudi 15 octobre 2015, mis en ligne par Dial

Avant de proposer des commentaires, il est bon de souligner quelques particularités de l’encyclique Laudato si’ du Pape François.

C’est la première fois qu’un Pape aborde le thème d’une écologie intégrale (qui va par conséquent au-delà d’une écologie environnementale) d’une façon aussi complète. Grande surprise : il inscrit le thème dans le cadre du nouveau paradigme écologique, chose qu’aucun document officiel de l’ONU n’a faite à ce jour. Il fonde son discours sur les données les plus sûres des sciences de la vie et de la terre. Il a de ces données une lecture affective (d’une intelligence sensible ou bienveillante), car il entrevoit que ces données dissimulent des drames humains et une grande souffrance, de la part de la Terre mère aussi. La situation actuelle est grave, mais le Pape François trouve toujours des raisons d’espérer et de faire confiance à la capacité de l’être humain à trouver des solutions viables. Il établit un lien avec les Papes qui l’ont précédé, Jean-Paul II et Benoît XVI qu’il cite fréquemment. Et chose absolument nouvelle : son texte s’inscrit dans le cadre d’une collégialité, car il accrédite les contributions de dizaines de conférences épiscopales du monde entier, de celle des États-Unis à celle de l’Allemagne , de celle du Brésil, de la Patagonie-Comahue, du Paraguay. Il prend en compte les contributions d’autres penseurs, comme les catholiques Pierre Teilhard de Chardin, Romano Guardini, Dante Alighieri, son maître argentin Juan Carlos Scannone, le protestant Paul Ricœur et le musulman soufi Ali Al-Khawwas. Nous, tous les êtres humains, sommes ses destinataires car nous sommes tous habitants de la même maison commune (mot très utilisé par le Pape) et nous subissons les mêmes menaces.Le Pape François n’écrit pas en tant que Maître et Docteur de la foi mais en tant que Pasteur zélé qui prend soin de la maison commune et de tous les êtres, et pas seulement les humains, qui y habitent.

Un élément mérite d’être mis en valeur car il est révélateur de la forma mentis (la manière d’organiser sa pensée) du Pape François. Il est redevable de l’expérience pastorale et théologique des églises latino-américaines qui à la lumière des documents de l’épiscopat latino-américain (CELAM) de Medellín (1968), Puebla (1979) et Aparecida (2007) ont choisi l’option pour les pauvres contre la pauvreté et pour l’émancipation. Le texte et le ton de l’encyclique sont typiques du Pape François et de la culture écologique qu’il a accumulée, mais je me rends compte également que de nombreuses expressions et façons de s’exprimer renvoient à ce qui se pense et s’écrit en Amérique Latine plus particulièrement. Les thèmes de « la maison commune », de la « Terre mère », de la « clameur de la Terre et clameur des pauvres », de l’« attention », de l’ « interdépendance entre les êtres », des « pauvres et fragilisés », du « changement de paradigme », de « l’être humain en tant que Terre » qui ressent, pense, aime et vénère, de « l’écologie intégrale », entre autres, sont récurrents parmi nous.

La structure de l’encyclique obéit au rituel méthodologique utilisé par nos églises et par la réflexion théologique en lien avec la pratique de la libération, maintenant assumée et consacrée par le Pape : regarder, analyser, agir et célébrer. Il commence en révélant sa principale source d’inspiration : Saint François d’Assise, qu’il nomme « exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale », et qui « a manifesté une attention particulière […] envers les pauvres et les abandonnés » (n°10 et 66).

Il commence alors par le regard : « Ce qu’il arrive à notre maison » (17-61). Le Pape affirme : « Il suffit de porter un regard lucide sur la réalité pour voir que notre maison commune est grandement détériorée » (61). Il intègre à cette partie les données les plus solides relatives aux changements climatiques (20-22), à la question de l’eau (27-31), à l’érosion de la biodiversité (32-42), à la détérioration de la qualité de la vie humaine et à la dégradation de la vie sociale (43-47), il dénonce le taux élevé d’injustice planétaire, qui touche tous les espaces de vie (48-52), les pauvres en étant les principales victimes. (…)

Après avoir pratiqué la dimension du regard c’est maintenant la dimension de l’analyse qui s’impose. L’analyse se présente selon deux versants, l’un scientifique et l’autre théologique. (…) Le texte s’ouvre à une vision évolutionniste de l’univers sans utiliser ce mot, il construit une périphrase lorsqu’il fait référence à l’univers « composé de systèmes ouverts qui entrent en communion les uns avec les autres » (79). Il utilise les principaux textes qui unissent le Christ incarné et ressuscité au monde et à tout l’univers, rendant la matière sacrée et avec elle toute la Terre (83). Et dans ce contexte il cite Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955 ; 83, note 53) en tant que précurseur de cette vision cosmique. Le fait que Dieu-Trinité soit une relation de personnes divines a pour conséquence que toutes les choses en relation soient des échos de la Trinité divine (240).

Le troisième niveau méthodologique est l’action. Dans cette partie, l’encyclique se réfère aux grands thèmes de la politique internationale, nationale et locale (164-181). Il souligne l’interdépendance du domaine social et de l’éducation avec le domaine écologique et déplore les difficultés qu’entraîne la prééminence de la technocratie, ce qui rend difficiles les changements susceptibles de réfréner l’avidité de thésaurisation et de consommation, et qui pourraient fonder un monde nouveau (141). (…) Dans la perspective de l’action il lance à l’éducation le défi de créer une « citoyenneté écologique » (211) et un nouveau style de vie qui s’appuie sur l’attention, la compassion, la sobriété partagée, l’alliance entre l’humanité et l’environnement – car tous deux sont reliés par un cordon ombilical –, la coresponsabilité à l’égard de tout ce qui existe et vit et au nom de notre destin commun (203-208). Enfin, le moment de la célébration. La célébration a lieu dans un contexte de « conversion écologique » (216) qui implique une « spiritualité écologique »(216). (…)

L’esprit tendre et fraternel de Saint François d’Assise traverse tout le texte de l’encyclique Laudato si’. La situation actuelle n’est pas le signe d’une tragédie annoncée mais un défi destiné à nous faire prendre soin de la maison commune ainsi que les uns des autres. Il y a dans ce texte légèreté, poésie et joie dans l’Esprit et un espoir indestructible en ce que si la menace est grande, plus grande encore est l’opportunité de trouver une solution à nos problèmes écologiques. Il conclut poétiquement « Au-delà du soleil », par ces mots : « Marchons en chantant ! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance. »(244)

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