BIODIVERSITE – Heureusement, les réseaux oecuméniques veillent

20190505_233446_resized-1Une non-information pour une fois. A ma connaissance, pas de réaction officielle dans l’Église de France à la création de l’Office français de la biodiversité.

Il faut dire que la biodiversité est un de ces sujets de l’écologie intégrale qui reste un angle mort des débats.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   Alors petit rappel des faits politiques, révélateurs aussi des enjeux en cours.

L’OFB, office français de la biodiversité), nouvel établissement public regroupant l’AFB (Agence française de la biodiversité) et l’ONCFS (l’Office national de la chasse et de la faune sauvage) verra le jour au 1er janvier 2020. Les discussions ont été longues mais la commission mixte paritaire a trouvé un accord le 25 juin dernier.

Officiellement, l’OFB  doit « replacer les enjeux des politiques environnementales à un niveau territorial, faire converger l’action des politiques de l’eau et de la biodiversité. » Mais les débats ont été houleux notamment du fait de l’influence du lobby des chasseurs qui n’a accepté une telle évolution qu’en recevant des contre parties intéressantes ( baisse du montant du permis de chasser, mise en place de la gestion adaptative des espèces chassables, abondement de l’Etat pour les actions des fédérations de chasse en faveur de la biodiversité, etc). Le départ de Nicolas Hulot est lié à ces tergiversations entre chasseurs et gouvernement. Le Sénat ensuite a mis une deuxième couche via les amendements. Ils voulaient ainsi que le mot « chasse » apparaisse dans le nom de l’agence, que certaines réserves naturelles soient gérées par les fédérations de chasseurs, que l’obstruction à la chasse soit un délit, etc… Au final, des concessions mutuelles ont permis d’arriver à un accord sans retenir ces propositions les plus polémiques. Reste les dérogations à la directive Oiseaux ou le financement par l’Etat des actions menées
par les fédérations de chasseurs en faveur de la biodiversité.

Pour le reste, l’expérience du terrain primera. La décentralisation d’un certain nombre de décisions de gestion de la biodiversité au niveau préfectorale est-elle vraiment le bon levier pour agir de manière concertée et responsable ? Idem pour la présence des agents de contrôle sur le terrain. L’article du Monde de Laurent Radisson rappelle que « le Syndicat national de l’environnement FSU Biodiversité dénonce en effet la suppression de 127 postes sur trois ans. »

En attendant du côté des réseaux oecuméniques, la sensibilité à la biodiversité est bien plus vive, notamment suite à la publication du rapport de l’IPBES. Ainsi le 19 mai dernier, le COE a publié une déclaration  de son comité exécutif sur « La crise mondiale de la biodiversité et l’urgente nécessité d’un changement structurel ». Après avoir cité Gn 1, 11-25, le texte rappelle quelques fondamentaux théologiques avant de faire six appels et invitations.

Dieu aime toutes ses créatures, la faune et la flore, qui sont bénies par la beauté et la bonté intrinsèques. Les êtres humains, créés à l’image de Dieu, sont appelés à partager équitablement et à exploiter avec le plus grand soin les ressources et les écosystèmes affectueusement fournis par Dieu afin que tous, humains et autres espèces vivantes, puissent jouir de la vie dans sa plénitude.

Pourtant, la volonté d’expansion effrénée qui caractérise nos systèmes économiques dominants et notre obsession de la richesse matérielle – tant au niveau de l’individu que de la société – mettent de plus en plus en péril le bien-être actuel et futur, voire la survie, de nombreuses créatures de Dieu. In fine, les effets négatifs et significatifs de nos actes sur l’écologie auront un impact sur l’avenir de l’humanité. Ceux-ci détruisent d’ores et déjà la base même de la subsistance de nos frères et sœurs pauvres, vulnérables et autochtones, qui contribuent le moins aux dommages écologiques dont les êtres humains sont collectivement responsables.

Le récent rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) fournit des preuves détaillées et révoltantes de profondes modifications et d’une détérioration écologique rapide – en particulier depuis les années 1970 – liées à une augmentation spectaculaire des activités humaines. Ce document révèle que 75 % de l’environnement terrestre et 66 % de l’espace marin ont été profondément altérés par les êtres humains, mais aussi que plus de 85 % des zones humides ont disparu. Malgré un ralentissement de la déforestation depuis les années 2000, 32 millions d’hectares de forêts primaires ont été abattus entre 2010 et 2015, et ce fléau se poursuit à un rythme insoutenable.Conséquence de cela, près d’un million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction. Plus de 680 espèces animales ont déjà disparu ces 500 dernières années. La disparition de variétés de plantes et d’animaux affaiblit la résilience des systèmes agricoles confrontés au changement climatique et représente une menace sérieuse pour la sécurité alimentaire mondiale.

Le rapport souligne que ces tendances alarmantes reposent sur «les schémas de production et de consommation, la dynamique et les tendances de la population mondiale, le commerce, les innovations technologiques et la gouvernance locale et mondiale». Il précise que les trajectoires actuelles ne permettront pas d’atteindre les objectifs mondiaux visant à préserver la nature, freinant ainsi les progrès vers la réalisation de 35 des 44 cibles des objectifs de développement durable liées à la pauvreté, la faim, la santé, l’eau, le climat, les océans et la terre.

N’exigeant rien moins qu’un changement «structurel» ou «transformateur», le rapport offre toutefois plusieurs pistes d’espoir, à savoir: (1) promouvoir l’accomplissement d’une vie digne qui n’implique pas une consommation sans cesse croissante; (2) réduire la consommation totale et le gaspillage des ressources, y compris en abordant la croissance démographique et la consommation par habitant dans leur contexte; (3) favoriser des valeurs de responsabilité afin de mettre en œuvre de nouvelles normes de durabilité sociales; (4) mettre un terme aux inégalités de revenu et de genre qui minent les capacités en matière de développement durable; (5) garantir un processus décisionnel inclusif, un partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources et le respect des droits humains lors des prises de décisions liées à la préservation de l’environnement; (6) tenir compte de la détérioration écologique liée aux activités économiques, y compris le commerce international; (7) stimuler une innovation technologique et sociale respectueuse de l’environnement; et (8) promouvoir l’éducation, générer des connaissances et maintenir différents systèmes de connaissances, notamment le savoir autochtone, en notant que dans les zones détenues ou gérées par les populations indigènes, le déclin écologique a été moins rapide, voire évité.

Dans chaque domaine d’action recommandée, les Églises sont parfaitement placées pour jouer un rôle de premier plan. Nous avons la capacité et la responsabilité d’agir. Réuni à Bossey (Suisse) du 22 au 28 mai 2019, le Comité exécutif du Conseil œcuménique des Églises:

rappelle la déclaration du COE sur l’éco-justice et la dette écologique (Genève, 2009), qui invite les Églises à «élargir leur conception de la justice et les limites à partir desquelles elles reconnaissent leur prochain»;

appelle à poursuivre la réflexion théologique sur ce qui constitue la plénitude de la vie et le péché de cupidité, à redéfinir les notions de «richesse» et de «prospérité» – en s’inspirant des traditions et pratiques chrétiennes d’ascèse – et à promouvoir une théologie de suffisance et de responsabilité par le biais d’une formation œcuménique et interreligieuse plus approfondie, mais aussi à travers l’élaboration et la diffusion de documents théologiques, spirituels, historiques et liturgiques pertinents;

préconise l’instauration d’un processus de réflexion pour que les Églises continuent de tirer des leçons de la sagesse et des pratiques des peuples autochtones, des femmes, des paysans et des communautés forestières qui exposent diverses façons de penser et de vivre en harmonie avec la création;

exhorte les Églises à faire preuve de cohérence lorsqu’elles tiennent les gouvernements, les dirigeants politiques et les entreprises – dont la quête est celle du «développement» et du profit – responsables de la destruction et de la pollution de la terre, de l’eau et de l’air;

encourage les Églises à plaider en priorité en faveur du remplacement du produit national brut ou du produit intérieur brut, et ce, au profit d’autres indicateurs économiques qui tiennent compte des impacts écologiques et sociaux, comme mentionné dans le Plan d’action œcuménique pour une nouvelle architecture financière et économique internationale (NIFEA); et

invite les Églises à revoir les modes de consommation au sein de leurs communautés, notamment en discutant et en mettant en œuvre la Feuille de route pour une économie de la vie et la justice écologique.

Source : Art. le Monde 25 juin 2019  |  Laurent Radisson [2]

Je profite de l’occasion pour rappeler quelques dates importantes compilées par l’ami Jean Pierre Raffin dans ce domaine, pour éclairer nos intelligences et nos consciences

QUELQUES DATES RECENTES POUR LA BIODIVERSITE

1960. Vote de la loi relative aux Parcs nationaux

1968. Lors de la réunion de la Conférence intergouvernementale sur l’utilisation et la conservation de la biosphère, tenue à l’Unesco (4-13 septembre), de nombreux intervenants soulignent la nécessité de préserver la diversité biologique et les conditions de sa dynamique pour garantir le futur de l’humanité.

1976. Vote de la loi relative à la protection de la nature. « La protection des espaces naturels, la préservation des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques auxquels ils participent et la protection des ressources naturelles contre toutes les causes de dégradation qui les menacent sont d’intérêt général. Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde du patrimoine naturel dans lequel il vit. Les activités publiques ou privées d’aménagement, d’équipement et de production doivent se conformer aux mêmes exigences » (art.1). Il s’en suivra notamment l’élaboration de listes d’espèces protégées, la procédure d’étude d’impact (due au Parlement) et une réforme de la création de réserves naturelles. Cette loi sera complétée par la loi sur la démocratisation des enquêtes publiques et à la protection de l’environnement (1983) dite loi Bouchardeau puis par la loi relative au renforcement de la protection de l’environnement (1995) dite loi Barnier.

1979.-Adoption de la directive européenne 79-409 relative à la conservation des oiseaux sauvages.

1988.-Publication de la version française du rapport « Our common future » de Gro Harlem Brundtland (1987) où sont définis des principes d’action de ce qui devrait conduire au développement soutenable  dont : « La conservation des ressources naturelles vivantes- les végétaux, les animaux, les micro-organismes et les éléments non vivants de l’environnement dont elles ont besoin pour vivre –est essentielle pour le développement » (p. 177)

1992.- Adoption de la directive européenne 92/43 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et la flore sauvages.

1994.-Stratégie mondiale de la Biodiversité. Propositions pour la sauvegarde, l’étude, et l’utilisation durable et équitable des ressources biotiques de la planète. (WRI-UICN-PNUE. 1994). Il y avait 814 contributeurs dont pour l’Europe : 91 britanniques, 15 néerlandais, 6 suédois, 3 norvégiens et 3 français.

2001.-Engagement de l’Union européenne à stopper l’érosion de la diversité biologique à l’horizon 2010.

2002. Sommet mondial du Développement durable à Johannesburg. Réaffirmation par les pays européens du principe de stopper l’érosion de la biodiversité à l’horizon 2010. Le président de la République française, M. Jacques Chirac  déclare «  Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

2005.- Adoption par le Congrès de l’introduction dans le préambule de la Constitution de la Charte de l’environnement .

2006.- Vote de la loi relative aux parcs nationaux, aux parcs naturels marins et aux parcs naturels régionaux.

2007.- Grenelle de l’Environnement.

2010. –Année internationale de la Biodiversité. Lancement d’un appel « Pour la biodiversité on ne peut plus attendre » au Président de la République, M. Nicolas Sarkozy, par 60 spécialistes français de la biodiversité dont Gille Bœuf, président du Museum national d’Histoire naturelle. Cet appel est lancé quelque temps après que le Président ait déclaré lors d’une visite au Salon de l’Agriculture : «  l’environnement, ça commence bien faire ».

2012.-Sommet de Rio + 20. Les engagements pris à Rio n’ont pas permis de freiner l’érosion de la diversité biologique…

2016.- Vote de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages.

2017.-Rapport de l’Académie des Sciences alarmant le gouvernement sur l’état catastrophique de la biodiversité. Appel de 15.000 scientifiques de 184 pays « pour éviter une misère généralisée et une parte catastrophique de biodiversité »

2018.- Publication par le CNRS et le MNHN d’une étude montrant une diminution d’en moyenne un tiers des populations d’oiseaux des campagnes françaises en quinze ans et d’un déclin massif des insectes.

2018.- Vote de l’inscription de la protection de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique dans l’article 1 de la Constitution.

  1. Lancement d’un Plan de 90 mesures pour favoriser la biodiversité par M. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire

–22 février 2019.- Rapport de la FAO fondé sur des observations effectuées dans 91 pays d’où il ressort que tant la diversité biologique « sauvage » que la diversité biologique des plantes cultivées et des espèces animales domestiquées s’effondrent et que leurs interrelations menacent l’alimentation des générations à venir.

6 mai 2019 . Rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) réunie à Paris. Constat que les objectifs fixés pour la sauvegarde de la biodiversité en 2010 n’ont pas été atteints et que l’érosion se poursuit  et pourtant

 

 

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