BIEN COMMUN -Quand les sources deviennent des ressources

Capture d’écran 2019-07-15 à 19.32.48Il y a quelque mois, en novembre dernier, le Dicastère pour le service du développement humain intégral a organisé un colloque international sur « la gouvernance d’un bien commun : l’accès à l’eau potable pour tous ».

Organisée en collaboration avec les ambassades des Etats-Unis d’Amérique, de la France, de l’Italie, de la principauté de Monaco et du Pérou près le Saint-Siège, parrainée et hébergée par l’Université Pontificale Urbaniana à Rome, la rencontre a permis de donner la parole à des témoins importants rappelle ici Tebaldo Vinciguerra, italo-français, est au service  du nouveau Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral crée par le Pape François.

Ainsi, le juge brésilien Antonio Herman Benjamin, président de la Commission mondiale de l’UICN pour le droit de l’environnement, a proposé de croiser son regard juridique, naturaliste et chrétien., rappelant que la tradition judéo-chrétienne souligne la dignité de l’eau comme un don fait à chacun.L’eau est un bien à destination de tous.

« L’humanité a reçu de Dieu la mission de veiller sur et d’administrer sagement l’environnement, l’eau et les autres ressources, qui sont des biens communs et qui, comme tels, contribuent au bien commun global »

Mais le Pape François soulignait déjà dans son encyclique LS qu’« il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, transformée en marchandise sujette aux lois du marché ».La privatisation des sources d’eau potable est un drame et un scandale en cours, et souligne le rapport extractiviste et utilitariste qui tend à s’imposer dans l’esprit de beaucoup face aux dons de la nature.

Le Pape François insiste « l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable »[11].

Cette Conférence s’est ainsi ouverte par une session pendant laquelle se sont suivies des présentations sur la spiritualité biblique et le symbolisme de l’eau dans les écritures et la liturgie, sur l’eau dans certaines cultures et traditions africaines, sur la spiritualité islamique et le symbolisme de l’eau, sur la spiritualité hindouiste et le symbolisme de l’eau, et enfin sur l’Amazonie et le symbolisme de l’eau, annonçant déjà les travaux en cours du Synode sur l’Amazonie.

Intéressant de noter que le rapport au bien naturel fondamental qu’est l’eau pose la question de la dimension culturelle et spirituelle de notre existence. Pas étonnant que l’’UICN a senti le besoin de créer un groupe focalisé sur la religion, la spiritualité, la conservation environnementale et la justice climatique. De la même manière, la Society for Conservation Biology a un Groupe nommé Religion and Conservation Biology[16] et le WWF a lancé l’initiative Sacred earth : faiths for conservation. Autant d’initiatives qui rappellent à chacun la place importante de la dignité des populations (que permet notamment l’accès respectueux à l’eau potable), et d’un lien serein aux ressources naturelles.

La conférence a ensuite abordée les problèmes juridiques liés à l’eau soulignant à travers différents exemples le besoin d’une approche de justice sociale et d’écologie intégrale. Le rôle de l’Etat pour la protection de la population et de l’environnement a été souvent évoqué. Il s’agit d’un rôle fondamental auquel il ne peut se soustraire, et qu’il assure à travers ses administrations en subsidiarité, ses lois, ses politiques qui indiquent les priorités de financements, sa participation à la vie continentale et internationale, son contrôle du secteur privé. Il est en outre opportun, rappelle Vinciguerra de contrôler l’agissement des investisseurs, des industries et de la publicité afin de combattre les cycles de production-consommation insoutenables pour l’environnement et pour les sociétés, et afin d’abandonner la promotion de styles de vie tout aussi insoutenables basés souvent sur le gâchis et la culture du déchet, afin de ne pas insister uniquement et donc disproportionnellement sur la responsabilité individuelle du consommateur, citoyen, parent, éducateur. L’importance du droit – un droit qui respecte la grammaire inscrite dans la nature – sort réaffirmée de toutes ces considérations. Ces questions ont été actualisées par une Déclaration de juges sur la justice de l’eau, adoptée pendant le 8ème Forum mondial de l’eau, à Brasilia en mars 2018.

A souligner aussi que l’OMS a adopté récemment « une nouvelle résolution visant à améliorer les services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) dans les établissements de santé du monde entier. Une mesure essentielle pour prévenir la propagation des infections, réduire les décès maternels et néonatals et atteindre la couverture sanitaire universelle, dans la résolution, les États Membres sont invités instamment à accorder la priorité aux services WASH pour des soins de santé plus sûrs dans le monde entier. Actuellement, un établissement de soins de santé sur quatre ne dispose pas de services essentiels d’approvisionnement en eau et un établissement sur cinq ne dispose pas de services d’assainissement, ce qui touche respectivement 2 milliards et 1,5 milliard de personnes »[1].

E&E / Source : Tebaldo Vinciguerra

 

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