AGRICULTURE – Entre les lignes, la biodiversité des évêques

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A l’occasion de leur visite du salon de l’agriculture en 2018, plusieurs évêques ont résumé leurs réflexions à l’égard du monde agricole. Occasion de faire un petit exercice de relecture critique.

Occasion aussi de rencontrer ces pasteurs plus ou moins médiatisés. Et à la sensibilité au rural assez diverse. Une belle brochette d’acteurs chrétiens qui rend bien compte des capacités et des inerties à agir dans l’esprit de Laudato si.

 

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E&E : Précarité, désespoir, départ brutal, survie… Les mots du P. François soulignent, entre les lignes, les limites du modèle agricole actuel. Son texte n’est qu’un aperçu rapide, bien sûr. Mais il n’évoque pas les questions spécifiques liées à l’élevage. Dommage.

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E&E : Bon, au moins les choses sont claires. Devant la crise du monde rural, le diocèse renvoie à la délégation au Carrefour rural. « Présence attentive et active » ? Je note aussi la notion de « solidarité » avec les familles du monde rural. N’y a t-il pas là des choses très pratiques à inventer pour que le monde urbain et rural crée des liens ? Des partenariats entre familles ? Des engagements concrets pour soutenir certains producteurs ?

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Intéressant cet observatoire qui devient une plateforme de dialogue, de rencontres entre « personnes de sensibilités diverses ». Intéressant aussi l’attention aux femmes en agriculture, un public souvent un peu oublié alors qu’il porte lourd aussi. Laudato si est aussi cité, sans oser évoquer l’expression d’écologie intégrale, sans doute pas encore toujours « audible » dans certains milieux ruraux…

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E&E : Ah, voilà un évêque qui a travaillé le dossier. Il faut dire que la Bretagne est un territoire qui a connu toutes les mutations les plus fortes de l’agriculture depuis l’après guerre. Écoute, solidarité : la présence fraternelle de l’Eglise est indispensable. Elle pourrait sans doute aller plus loin encore, notamment dans ces nouvelles pistes d’agriculture dont parle aussi Laudato si. A remarquer qu’on parle des nouvelles compétences. Mais on ne remet pas vraiment en cause un modèle d’agriculture intensive qui s’est piégée dans cette économie mondialisée.

Capture d’écran 2020-04-27 à 14.24.29E&E : Cet évêque là semble avoir bien intégré la dynamique Laudato si dans sa grille d’analyse. La notion de « maison commune » apparait ainsi, et du coup aussi tous les acteurs des écosystèmes, peu cités jusque là. Avec le rappel de la bonne gérance qui nous est demandée. Je m’interroge sur ce poncif récurrent dans le monde agricole d’une mission quasi messianique : celle de nourrir l’humanité. Bien sûr, ce sont bien les agriculteurs qui cultivent la terre. Mais, une certaine idéologie contemporaine en a aussi fait un slogan justifiant tous les excès industriels et la démesure de projets agricoles, pour produire toujours plus. Tout en épuisant les sols et en maltraitant les agricultures vivrières les plus fondamentales à travers le monde. Connaître ce que vit le monde agricole est important. Mais on a parfois l’impression, dans les textes ecclésiaux, qu’on recommence toujours à zéro. Depuis le temps et avec tous les acteurs de l’action catholique rurale, on a tout ce qu’il faut pour connaître les joies et les peines du monde rural… Mais que faisons-nous de cette connaissance ? N’est-il pas temps aussi que les diocèses, comme réalité sociale, joue son rôle de groupe de consommateur et d’acteur économique pour accompagner les mutations désirées ?

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E&E : Alors là, pas sûr de bien comprendre la pointe du propos. Intéressant le fait de ne pas réduire la présence rurale a sa simple fonction alimentaire ou paysagère. Si les agriculteurs sont des « sentinelles aux avant-postes de la biodiversité », pourquoi beaucoup d’entre eux sont-ils si réticents à l’égard de tout programme en ce sens ? Cela ressemble pour l’heure à un vœux pieux. Mais aussi un défi intéressant pour ce diocèse : sera-t-il capable de développer la sensibilité et les savoir-faire des agriculteurs à l’urgence de la préservation des écosystèmes naturels dans lesquels ils interviennent ? Sera t-il un acteur de promotion de formes d’agroécologie et d’agroforesterie qui posent ces questions avec pragmatisme ?

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E&E : encore un bon connaisseur de son territoire et de ses dynamiques économiques. Citer la Beauce comme modèle de développement est bien sûr très paradoxal : à quel prix transforme t-on des terres pour en arriver là ? Évidemment, au prix d’une agriculture intensive, très carbonée, avec de nombreux intrants chimiques. Je m’étonne aussi que cet évêque n’interroge pas le modèle des agrocarburants générés à partir d’aliments qui est antinomique dans une dynamique d’écologie intégrale. Pourquoi au final les récoltes sont désormais peu satisfaisantes ? Pourquoi cette agriculture est-elle pied et point liée avec les marchés économiques mondiaux ?

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E&E : une approche modeste et sincère du monde rural. La Corrèze est un territoire intéressant à accompagner. Là encore, on a l’impression que nos diocèses perdent de « l’expertise » sur les territoires et qu’il faut sans cesse relancer la curiosité et l’envie… N’y a t-il pas là un problème de fond ?

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E&E : Intéressant la démarche d’une rencontre régulière avec un petit groupe d’agriculteurs. Ce lien dans la durée peut être stimulant car alors on « entend » vraiment ce qui se joue : l’état de lieux économique et humain est ainsi plus crédible. Reste la question : comment se manifeste concrètement cette attention et écoute aux personnes en difficulté ? Quelle structure d’aide l’Eglise peut-elle mettre en place pour lutter contre le suicide, l’endettement, les burn out ?

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E&E : Bon, on ne s’étonnera pas que cet évêque – grand utilisateur de twitter pour commenter l’actualité – ne fait pas comme tout le monde. Sa jeunesse lui donne une belle vitalité mais aussi une posture parfois un peu caricaturale. Intéressant son analyse sur le dossier de l’eau qui est en effet préoccupant et crucial. L’appel a la prière est bien sûr une belle piste. On aurait aimé qu’il soit accompagné de décisions diocésaines plus directes sur le dossier : car rien ne vaut l’exemple. Quant à l’analyse sur le loup, certains auront peut être suivi l’échange de l’évêque sur twitter avec quelques naturalistes qui ont essayé de dialoguer avec lui. Un échange presque caricatural car l’évêque prenait la défense de manière unilatérale des éleveurs, sans entendre aucun argument souvent nuancé et charpenté de scientifiques (notamment cathos, citant Laudato si) qui connaissent eux aussi bien le terrain. Je trouve intéressant qu’on a là un évêque qui ose mouiller sa chemise dans des dossiers un peu sensibles. Mais une fois encore, il prend la défense du modèle dominant sans interroger aucune des impasses qui ont mené à cette situation explosive. On peut appeler au loup pour montrer qu’on est le défenseur des agriculteurs de la montagne, mais est-ce bien cela qui va déminer le dossier ? On aura remarqué que, pour le coup, ce jeune évêque n’invoque pas Laudato si, qui pourtant pose aussi de redoutables questions sur le respect des écosystèmes et des espèces naturelles. Il ne s’agit pas de nier la souffrance des éleveurs confrontés à la violence d’attaques de loups. Mais le dossier est complexe : les attaques de chiens errants sont aussi redoutables et font bien des dégâts. Et par ailleurs, l’élevage extensif en alpage d’immenses troupeaux difficiles à parquer pour la nuit et à garder de jour, dans des zones reculées, confrontés à un espèce naturelle -le loup- qui reprend ses marques (et pourquoi n’aurait-elle pas le droit de vivre sur ses terres ?) et qui a oublié la prudence nécessaire de la cohabitation avec des humains (qu’il lui faut réapprendre)  est un dossier qui demanderait bien des nuances. A moins que ce jeune évêque veuille aussi remettre au goût du jour les prières antiques pour chasser la bête du Gevaudan et autres loups errants ? Peut être qu’une prière à saint François qui a su prêcher l’Evangile au loup de Gubbio pourrait aussi être une bonne piste ?

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E&E : une belle analyse d’ouverture pour l’évêque de Valence. Mais est-il bien sûr qu’aujourd’hui beaucoup d’agriculteurs ont gardé au coeur ce besoin de rendre gloire à Dieu pour la terre qui leur est confiée ? On n’est pas loin des vieilles représentations de l’Angelus de Millet… Le travail en lui-même n’est pas suffisant pour rendre gloire : c’est le travail du bon gérant qui rend gloire à Dieu. Le diocèse de Valence devrait être en pointe du dialogue avec ce nombreux acteurs de l’agriculture biologique, fortement implantée sur ce territoire. Il y a là quelque chose d’original à inventer. Un lieu d’Église nouveau où des agriculteurs bios – et les autres – peuvent venir se reposer ou partager leur travail ? Car vouloir accompagner des réalités est intéressant. Mais cela ne peut pas se faire qu’avec des visites et des déclarations… L’Église a toujours été prophétique quand elle a inventé des lieux d’hospitalité nouveaux pour montrer la mise en œuvre d’un autre rapport au monde possible. Le diocèse de Valence devrait être précurseur dans ce domaine, non ?

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E&E : Bon, là, on n’est pas loin de la langue de buis. Le constat est intéressant. Mais pour en tirer quelle conclusion ? La mutation profonde de cette ruralité là devrait tous nous interroger. Car ces productions posent de nombreuses questions très actuelles : gestion de l’eau (maïs,…), rapport aux animaux (élevage et filière du « gras »…expression sinistre…). Et qu’en est-il de la gestion de la forêt particulièrement présente dans ce territoire ? La crise à l’ONF, la filière bois, la gestion de ces forêts en monocultures sont ils des défis à comprendre pour ce diocèse ?

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E&E : Et pour finir, le Lot et Garonne. Un département d’agriculture en polyculture, de production maraichère et fruitière notamment. Plus dur pour l’élevage qui montre que la course en avant vers l’hyper-spécialisation et la démesure sont des impasses agricoles, qui mènent au surendettement et à l’épuisement (des hommes et des sols). Intéressant que cet évêque évoque aussi la transmission du foncier agricole, autre grand chantier pour l’avenir. Et si l’Église devenait un médiateur dans ce domaine pour garantir que ces terres restent bien au service de familles d’agriculteurs et non pas de projets financiers comme on le voit dans certains départements ?

 

 

 

 

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