AGRICULTURE – Les évêques sont dans le pré

Capture d’écran 2020-04-27 à 14.18.38Quelques semaines avant le confinement, le salon de l’Agriculture a pu se tenir, rassemblant à Paris une certaine vitrine du monde agricole français. Initiée en 2016, réitérée en 2018 et en 2020, la visite pastorale des évêques de France est un marqueur intéressant de la sensibilité croissante dans l’Eglise catholique autour des défis de la ruralité.

Au programme, l’incontournable visite aux éleveurs, puis aux syndicats agricoles, avant de profiter de l’après midi pour aller rencontrer les agriculteurs de leurs régions respectives. Leur journée s’achève par une célébration à l’église Saint-Antoine de Padoue (XVe). Le 24 février 2020, ils ont été une quinzaine à se rendre au Salon. Une démarche d’autant plus intéressante que la Conférence des évêques dans son ensemble a décidé de travailler davantage la réalité de la ruralité dans les diocèses. Les enjeux humains, sociétaux sont nombreux. L’assemblée plénière de fin mars à Lourdes devait faire écho à cette visite, chaque évêque étant invité à venir avec une personne concernée par ces problématiques. Finalement, pour cause de confinement, la réunion des évêques a eu lieu à distance et cette thématique a du être reportée.

Voici quelques compte rendus vidéos de cette visite  (Aleteia,  CEF, KTO)

https://www.youtube.com/watch?v=d-kpPN4EI5k

 » Parmi ces évêques, l’évêque de Séez qui est en charge de la mission du monde rural de la Conférence des Evêques de France ; malgré le caractère «qui peut paraître un peu folklorique» du Salon de l’Agriculture, Mgr Jacques Habert souligne que «l’enjeu est en réalité bien plus profond». A travers les agriculteurs, les évêques disent vouloir rencontrer «une vision du monde rural». Dans ce domaine, les enjeux pastoraux sont jugés «immenses». Mgr Habert en cite plusieurs : «comment imaginer l’occupation du territoire» ; comment lutter «contre les déserts médicaux» ; accompagner la «fragilité de beaucoup» ; valoriser le patrimoine à la fois naturel, historique et culturel, etc. L’évêque de Séez n’oublie pas les questions d’écologie intégrale, dont il a été question lors de la dernière assemblée plénière des évêques et qui seront au centre des choix de société de demain. Conscient que l’agriculture représente un monde dans lequel se mélangent «créativité et enthousiasme mais aussi angoisse et désarroi», Mgr Jacques Habert attend beaucoup de ce Salon de l’Agriculture.

Dans un diocèse essentiellement rural, l’évêque d’Evreux souhaite montrer à ces professionnels qu’il partage «ce qui fait leurs joies et leurs difficultés».Mgr Nourrichard revient également sur l’accompagnement des familles d’agriculteurs par le diocèse : rencontre des familles dans leur exploitation ou pour les sacrements, ou encore lors du «carrefour rural», un groupe de discussions que le diocèse d’Evreux a mis en place. Il s’agit d’animer des «soirées de réflexion», ou encore des «conférences et mouvements  pour les jeunes et adultes». «L’évêque que je suis ne reste pas dans sa cathédrale, mais va sur le terrain» ajoute-t-il.

(source : Anne-Quitterie Jozeau – Cité du Vatican.)

MAI 2018

 

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MARS 2018

En mars 2018 déjà, une  journée de formation et de réflexion avait été organisée à Condette, dans le Pas-de-Calais

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 » Un moment pour parler ensemble pèle mêle de la solitude et de comment elle se construit, du prix d’achat au producteur, du déficit de conscience collective dans le monde agricole et au-delà, du temps de travail et de la difficulté à relever la tête, du conflit entre générations, mais aussi entre associés, de la perception du métier par la société française, de l’endettement, du rachat, des reprises des exploitations, etc.Alors quels sont les leviers pour « faire évoluer vers un mieux » ? Comment faire face à la solitude, qui mène hélas trop souvent au suicide ? Et surtout qu’apporte l’Église catholique aujourd’hui comme réponses à l’urgence de cette crise profonde ? Lors de cette journée, il a été rappelé que l’Église catholique fait aujourd’hui ce qu’elle a toujours fait hier : accompagner, développer, soutenir, promouvoir le monde rural, d’autant que ses premières communautés organisées en paroisses, en monastères ou en abbayes étaient issues d’un modèle rural. L’activité agricole a été, dès les origines du christianisme, un moyen de subsistance et de revenus. Elle sait donc de quoi elle parle, depuis des siècles qu’Elle est au cœur de ces questions partout dans le monde. Indubitablement, l’Église catholique de France soutient les agriculteurs d’ici comme d’ailleurs avec force et conviction, mais comment ? L’Encyclique Laudato si (« Loué sois-tu ») du Pape François donnée à Rome, près de Saint-Pierre, le 24 mai 2015 a posé les bases d’un renouveau sur ces questions environnementales et sociales liées à la sauvegarde de la Création et de la « Maison commune ». Au diapason du Pape, la Conférence des Évêques de France a publié récemment une déclaration adressée aux agriculteurs. Elle s’intitule : « Votre mission est unique et nécessaire. » En substance, elle dit explicitement : « Nous ne pouvons pas nous résigner à un avenir incertain pour l’agriculture. Voilà pourquoi, comme pasteurs de l’Église catholique, nous voulons vous adresser un message de soutien. Nous croyons qu’il est vital que le travail agricole soit reconnu par l’ensemble de la société. Cette reconnaissance doit passer par une juste rémunération de votre travail, ce qui, hélas, n’est pas le cas dans bon nombre de filières. » Entre autres propos lucides. »

FEVRIER 2018

 

Le 21 février 2018, le Conseil permanent de l’Église de France a publié cette déclaration, destinée notamment aux agriculteurs

Nous savons que la crise agricole que vous traversez est toujours là, profonde, complexe et multiforme. Beaucoup parmi vous souffrent et s’inquiètent pour leur avenir. Face à cette réalité, nous ne pouvons pas nous satisfaire des approches et des discours marqués par la situation de l’après-guerre et les années de forte croissance économique et d’amélioration des conditions de vie qui l’ont suivie. Aujourd’hui, nous mesurons à quel point les temps ont changé. Notre rapport au monde, au travail, à l’économie, à la technologie, à la terre, à la création soulève bien des questions et nous met devant de nouveaux défis, dont celui du respect de l’environnement, que nous sommes appelés à relever tous ensemble.

Ces défis dépassent votre seule profession : ils nous concernent tous et ils ont une dimension internationale. Ils nous interrogent notamment sur la société que nous voulons pour aujourd’hui et pour demain. Ils nous conduisent aussi à questionner les processus économiques tant mondiaux que locaux, pour que soit mieux pris en compte tout ce qui touche à la sauvegarde de notre maison commune et à son avenir. Et nous ne voulons pas ignorer vos solitudes et vos inquiétudes devant ces défis universels.

Mais alors, quelle agriculture voulons-nous pour demain ? Quels changements et conversions devons-nous opérer dans nos modes de vie ? Nous ne pouvons pas nous résigner à un avenir incertain pour l’agriculture. Voilà pourquoi, comme pasteurs de l’Église catholique, nous voulons vous adresser un message de soutien. Nous croyons qu’il est vital que le travail agricole soit reconnu par l’ensemble de la société. Cette reconnaissance doit passer par une juste rémunération de votre travail, ce qui, hélas, n’est pas le cas dans bon nombre de filières. Votre travail permet de produire ces aliments dont nous avons tous besoin pour vivre. L’agriculture doit garder sa noble mission : offrir une nourriture de qualité, la plus accessible à tous, et contribuer à l’entretien des espaces ruraux auxquels nous sommes tant attachés.

La terre avec son sol vivant est la matière principale de votre métier ; c’est elle que vous travaillez. C’est d’elle que dépend notre pain quotidien. Aussi est-il vital de prendre soin de cette terre, de la protéger, comme le pape François nous y invite dans son encyclique Laudato si’. Cultivons « cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement », parlons « le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde », ne soyons pas le « dominateur, consommateur ou pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats » (Laudato si’, n. 11) (1). La capacité à s’émerveiller devant la Création est le terreau de la conversion écologique attendue par beaucoup. Par votre métier, vous savez que cet étonnement et cet émerveillement se cultivent au quotidien. Vous êtes porteurs d’un savoir-faire unique que vous devez développer et transmettre. C’est ainsi que notre terre pourra continuer à procurer à tous le pain quotidien sans être abimée et dégradée. Nous souhaitons que toute notre société prenne vraiment les moyens de vous écouter, de recueillir les fruits de votre savoir-faire et devienne ainsi toujours plus soucieuse d’une écologie intégrale. Car la crise socio-environnementale que nous affrontons « requiert une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus, et simultanément pour préserver la nature » (Laudato si’, n. 139) (2). Nous sommes témoins qu’au milieu des changements, souvent sources d’inquiétude, se développent de nombreuses initiatives créatrices et innovantes, pour produire dans le respect de l’environnement et la recherche d’une qualité croissante, pour progresser dans les domaines de la coopération et de la mutualisation des moyens. Nous encourageons et soutenons toutes ces initiatives.

Dans l’histoire, votre professionnalisme et votre amour de la terre ont témoigné de votre capacité à vivre des transitions, à surmonter bien des obstacles. Face à l’ampleur des défis d’aujourd’hui et à la lumière de la foi, nous vous redisons notre confiance, notre solidarité et notre soutien. Nous appelons la société entière à œuvrer pour une meilleure reconnaissance de votre travail, de votre mission unique et nécessaire.

 

(*) Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France : Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille, président de la CEF ; Mgr Pierre-Marie CARRÉ, archevêque de Montpellier, vice-président de la CEF ; Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis, vice-président de la CEF ; Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris ; Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois ; Mgr François FONLUPT, évêque de Rodez ; Mgr Stanislas LALANNE, évêque de Pontoise ; Mgr Philippe MOUSSET, évêque de Périgueux ; Mgr Benoît RIVIÈRE, évêque d’Autun ; Mgr Pascal WINTZER, archevêque de Poitiers. Titre et notes de La DC. / (1) DC 2015, n. 2519, p. 8.  / (2) Ibid., p. 42-43.

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