ÉCOLOGIE – Les indécis sont-ils heureux ?

revue ProjetAlors que va démarrer la semaine Laudato si, du 16 au 24 mai, il peut être bon de découvrir le dossier du dernier numéro de la revue Projet, consacré aux indécis

Au nom de l’environnement, les uns informent, les autres culpabilisent. Pour quels résultats ? Si la prise de conscience des enjeux environnementaux grandit dans l’opinion, le passage à l’action est loin d’être de la même ampleur, tant du côté des individus que des collectifs, des décideurs politiques que du secteur privé. Ce dossier explore les résistances qui entravent une véritable conversion écologique. Il esquisse des pistes pour mobiliser les indécis et durer dans son engagement.

 

Extrait d’un des articles (A l’heure de la mobilisation des cathos écolos) rédigé par Noëlie Djimadoumbaye et Hélène Noisette évoquant la mobilisation en cours du monde catho, mais avec des nuances intéressantes à repérer. A retrouver en intégralité dans la revue ou sur lesite de la revue.

(…) Malgré ces avancées, des résistances se manifestent : peur de perdre du confort, déni – conscient ou non – devant une crise écologique trop angoissante, refus d’accepter des limites ou de remettre en question le progrès… Certaines résistances sont assez spécifiques aux catholiques. Relevons ici quelques réactions entendues lors de formations à l’écologie en milieu ecclésial. « L’écologie, c’est idéologique, politique… Ce sont les Verts. » Pour certains, l’écologie est associée à l’écologie politique portée par les Verts. Or les tenants de l’écologie politique ont pu avoir un discours malthusien sur la restriction de la natalité dans les années 1970-1980, qui les a rendus peu fréquentables par des catholiques refusant de poser la question de la démographie1. Aujourd’hui, le fait que la majorité des écologistes accusent davantage le consumérisme que la démographie aide au dialogue. Cette réflexion illustre ainsi le primat, pour nombre de catholiques, du droit à la vie qui se focalise sur le droit à la naissance et à une mort naturelle, oubliant parfois ses conséquences en termes de justice sociale dans l’entre-deux.

Mais d’autres questions sont apparues : les Verts – du moins une grande partie d’entre eux – cautionnent des positions sociétales qui ne sont pas sans poser des questions au vu des orientations de la morale catholique (comme le droit à l’avortement et le soutien à la procréation médicalement assistée, voire la gestation pour autrui, etc.). « Est-ce qu’on ne risque pas de s’occuper plus de la larve de grenouille que de l’embryon humain ? » Cette réflexion illustre ainsi le primat, pour nombre de catholiques, du droit à la vie qui se focalise sur le droit à la naissance et à une mort naturelle, oubliant parfois ses conséquences en termes de justice sociale dans l’entre-deux. Occultant alors les enjeux environnementaux, cette focale peut ramener l’écologie intégrale que promeut le pape François à une « écologie de l’homme », axée sur les dilemmes bioéthiques. Ces derniers sont reliés à l’écologie environnementale via une certaine compréhension de la « loi naturelle ». Ce concept est parfois utilisé pour faire des liens directs entre l’observation de la nature et l’édiction de règles morales, ce contre quoi la Commission théologique internationale mettait en garde en 2009. Cette réflexion est ainsi révélatrice d’un anthropocentrisme. Nombre de chrétiens – en Occident en particulier – dénoncent dans certains courants écologistes une forme de panthéisme ou de paganisme. Les débats du récent synode pour l’Amazonie ont montré la pluralité des visions dans le monde catholique sur ces questions. La prise de parole plus fréquente de théologiens non-occidentaux permettra de discerner ce qui relève d’une conviction de foi en l’éminente dignité de l’homme et en sa place particulière dans la Création et ce qui peut être une insistance anthropocentrique de l’Occident.

(…)

Dans de nombreux pays du Sud, en effet, c’est le partage de vie avec les plus pauvres et les plus vulnérables à la crise qui a conduit l’Église catholique à s’engager dans les défis écologiques. Si Laudato si’ a une telle force, c’est parce que cette parole nous vient d’une Église latino-américaine qui a embrassé depuis cinquante ans la cause des pauvres. Les Églises occidentales, encore peu touchées dans leur chair par les dérèglements climatiques, ont donc beaucoup à apprendre de l’expérience des Églises « périphériques » qui y sont confrontées. Mais la relation entre pauvreté et écologie reste complexe au Nord car, même si la plupart des catholiques font le lien entre les défis sociaux et environnementaux, on peut encore entendre l’expression de cette forme de résistance : « Les pauvres, eux, n’ont pas le luxe d’être écolos ». C’est oublier un peu vite une analyse des conséquences à long terme des crises écologiques. Les plus pauvres sont, en France aussi, les plus touchés et les moins responsables des dégâts environnementaux.

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