BELLE SAISON – J+3 – Des appels à entendre

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Il faut rendre au patriarche Bartholomée et au pape François ce qui leur revient : la grâce d’être des voix fortes aujourd’hui pour appeler les chrétiens à s emobiliser sur les enjeux de l’écologie contemporaine.

Voici des extraits de leurs deux messages récents à l’occasion de l’ouverture du mois de prière pour la Création

POUR LE PAPE FRANCOIS

Ce 1er septembre est l’occasion de souligner le jubilé des 50 années de la Journée de la terre, une mobilisation qui a fait partie des premiers grands rassemblements internationaux environnementaux. Or un jubilé, dans la perspective biblique a plusieurs vocations : offrir un temps pour faire mémoire et se convertir. Ce que le pape résume avec ses 5 R : Se Rappeler, se Repentir, se Reposer, Réparer et se Réjouir

Chers frères et sœurs, (…) Je suis heureux que le thème choisi par la famille œcuménique pour la célébration du Temps de la Création 2020 soit « Jubilé pour la Terre« , justement en cette année marquant le cinquantième anniversaire du Jour de la Terre.

(… ) Le Jubilé est aussi un temps de grâce pour faire mémoire de la vocation originelle de la création à être et à prospérer comme communauté d’amour. Nous existons seulement à travers les relations : avec Dieu créateur, avec les frères et sœurs en tant que membres d’une famille commune, et avec toutes les créatures qui habitent la même maison que nous. (…) Le Jubilé est donc un temps pour le souvenir, où il faut conserver la mémoire de notre existence interrelationnelle. (…) Nous avons besoin de restaurer ces relations détruites, qui sont essentielles pour nous soutenir nous-mêmes et toute la trame de la vie.(…) Le Jubilé nous invite à penser de nouveau aux autres, spécialement aux pauvres et aux plus vulnérables. Nous sommes appelés à accueillir de nouveau le projet initial et aimant de Dieu pour la création comme un héritage commun, un banquet à partager avec tous les frères et sœurs dans un esprit de convivialité ; non pas dans une compétition déréglée, mais dans une communion joyeuse, où l’on se soutient et se protège mutuellement. (…) Nous avons besoin de revenir, en outre, à l’écoute de la terre, désignée dans l’Ecriture comme adamah, lieu d’où l’homme, Adam, a été tiré. Aujourd’hui, la voix alarmée de la création nous exhorte à retourner à une juste place dans l’ordre naturel, à nous rappeler que nous sommes une partie, et non pas les patrons, du réseau interconnecté de la vie. (…). La capacité à nous émerveiller et à contempler est quelque chose que nous pouvons apprendre spécialement des frères et sœurs autochtones qui vivent en harmonie avec la terre et ses multiples formes de vie. (…) La pandémie actuelle nous a amenés, en quelque sorte, à redécouvrir des styles de vie plus simples et durables. La crise, dans un certain sens, nous a donné la possibilité de développer de nouvelles façons de vivre. Il a été possible de constater comment la terre réussit à se reprendre si nous lui permettons de se reposer : l’air est devenu plus sain, les eaux plus transparentes, les espèces animales sont revenues dans de nombreux endroits d’où elles avaient disparu. La pandémie nous a conduits à un carrefour. Nous devons profiter de ce moment décisif pour mettre fin à des activités et à des finalités superflues et destructrices, et cultiver des valeurs, des liens et des projets génératifs. (…) Le Jubilé est un temps pour réparer l’harmonie originelle de la création et pour assainir des rapports humains compromis.Il invite à rétablir des relations sociales équitables, en restituant à chacun sa liberté et ses biens, et en effaçant la dette des autres. (…) Il est également nécessaire de réparer la terre. La restauration d’un équilibre climatique est très importante, étant donné que nous nous trouvons en situation d’urgence. Nous sommes à court de temps, comme nos enfants et nos jeunes nous le rappellent. (…) La restauration de la biodiversité est également cruciale dans le contexte sans précédent d’une disparition des espèces et d’une dégradation des écosystèmes. Il est nécessaire de soutenir l’appel des Nations Unies à sauvegarder les 30% de la Terre comme habitat protégé avant 2030, afin d’endiguer le taux alarmant de perte de biodiversité. (…) Nous sommes tenus de réparer, selon la justice, en nous assurant que tous ceux qui ont habité une terre pendant des générations puissent en retrouver pleinement l’utilisation. Il faut protéger les communautés autochtones contre les compagnies, surtout multinationales, qui, à travers l’extraction préjudiciable des combustibles fossiles, des minéraux, du bois et des produits agro-industriels, « font dans les pays moins développés ce qu’elles ne peuvent dans les pays qui leur apportent le capital » (LS, n. 51). Cette mauvaise conduite des entreprises représente « un nouveau type de colonialisme » (Saint Jean-Paul II, Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, 27 avril 2001, cit. in Querida Amazonia, n. 14), qui exploite honteusement des communautés et des pays plus pauvres à la recherche désespérée d’un développement économique. (…) . Nous savons que le cri de la Terre et des pauvres est devenu, ces dernières années, encore plus fort. En même temps, nous sommes témoins de la façon dont l’Esprit Saint inspire partout des individus et des communautés à s’unir pour reconstruire la maison commune et défendre les plus vulnérables. Nous assistons à l’émergence progressive d’une grande mobilisation de personnes, qui, à la base et dans les périphéries, travaillent généreusement pour la protection de la terre et des pauvres. Cela procure de la joie de voir tant de jeunes et de communautés, en particulier autochtones, en première ligne pour répondre à la crise écologique. Ils lancent un appel pour un Jubilé de la Terre et pour un nouveau départ, conscients que « les choses peuvent changer » (LS, n. 13).

On peut également se réjouir de voir comment l’Année spéciale de l’anniversaire de Laudato si’ inspire de nombreuses initiatives au niveau local et mondial pour le soin de la maison commune et des pauvres. Cette année devrait conduire à des programmes opérationnels à long terme, pour arriver à pratiquer une écologie intégrale dans les familles, les paroisses, les diocèses, les Ordres religieux, les écoles, les universités, l’assistance sanitaire, les entreprises, les exploitations agricoles et dans de nombreux autres domaines. (…)

POUR LE PATRIARCHE BARTHOLOMEE

Face à la menace réelle que subit le cadre naturel de notre monde, le patriarche souligne la folie de moyens humains mis au service de la toute puissance. Soulignant la prise de conscience en cours, il met aussi en lumière l’impuissance à agir dans ce domaine de l’environnement des responsables mondiaux. Il réaffirme le rôle de précurseur du patriarcat dans la mobilisation et appelle notamment les jeunes orthodoxes a mieux articuler leur foi et leur engagement.

Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

C’est une conviction commune que, de nos jours, l’environnement naturel est menacé plus que jamais dans l’histoire de l’humanité. Le fait que ce n’est plus la qualité, mais la préservation de la vie sur notre planète qui soit en jeu révèle l’ampleur de la menace. Pour la première fois dans l’histoire, l’être humain peut détruire les conditions de la vie sur la terre. Les armes nucléaires symbolisent le gigantisme prométhéen de l’homme, manifestation tangible du « complexe de toute-puissance » de l’« homme-dieu » contemporain.

L’ambiguïté de la liberté humaine se révèle dans l’usage de la puissance puisée dans la science et la technologie. La science est au service de la vie ; elle contribue au progrès, elle fait face aux maladies et à de nombreuses autres situations considérées comme « fatales » jusqu’à nos jours ; elle crée de nouvelles perspectives d’avenir. Cependant, elle fournit en même temps à l’humain des moyens puissants dont le mauvais usage peut s’avérer désastreux. (…) Il incombe manifestement à tous les habitants de la terre de protéger le bien commun, c’est-à-dire l’environnement naturel dans son intégrité. L’impératif catégorique contemporain adressé à l’humanité, c’est de vivre sans détruire l’environnement. (…) Nous sommes certains qu’il y a une alternative d’organisation économique et de développement face à l’économisme et l’activité orientée sur la maximalisation du profit. L’avenir de l’humanité n’est pas l’homo œconomicus. (…)

Le Patriarcat œcuménique, assumant un rôle de pionnier en matière de protection de la création au cours des dernières décennies, continuera à prendre des initiatives écologiques, à organiser des colloques écologiques, à mobiliser les croyants, la jeunesse surtout, à ériger la protection de l’environnement en question fondamentale du dialogue interreligieux et des initiatives communes prises par les religions (…) Répétons-le, les activités environnementales du Patriarcat sont un corollaire de sa conscience de soi ecclésiologique et non pas simplement une réaction ponctuelle à un phénomène nouveau. La vie même de l’Église est une écologie appliquée. (…) Dans l’optique de la foi, nous pouvons découvrir et évaluer non seulement les aspects problématiques, mais aussi les potentialités et perspectives positives de la civilisation moderne. Nous faisons appel à la jeunesse orthodoxe pour prendre conscience de l’importance de vivre en tant que croyants chrétiens et en tant qu’humains modernes. La foi en la destination éternelle de l’être humain affermit notre témoignage dans le monde.

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