AGRICULTURE – Un évêque en quête de greffe avec le monde rural

Le journal La Croix évoque la visite de l’évêque de Valence (Drôme), Mgr Pierre-Yves Michel, à la rencontre des agriculteurs de son diocèse touchés par le récent épisode de gel.

Au programme de la visite constituée de deux demi-journées : rencontre avec Gregory Chardon à la Roche de Glun ancien président de la FDSEA puis visite d ’une exploitation abricots-céréales à Clérieux et rencontre avec Herve Miachon arboriculteur, de la Coordination rurale, et son fils Joris à Moras et d’autres agriculteurs. Jeudi, dans la Drôme provençale, rencontre avec Daniel et François Cheyron, deux frères viticulteurs en bio et visite d ’une exploitation d ’abricotiers à la Roche-Saint-Secret-Béconne.
Dans le communiqué de presse qui présente cette visite, le diocèse précise que « L’Eglise n’a pas réponse à toutes les questions que les territoires ruraux se posent légitimement dans leur diversité. Elle vise à une double posture : la première est de connaître et comprendre ; la seconde est celle de proposer la foi, d’annoncer joyeusement l’évangile. »

Voici deux extraits de compte-rendus de cette visite, d’abord par La Croix qui donne la parole à l’évêque puis par le site diocésain.

P.-Y. M. : Je sens chez eux une certaine souffrance de ne pas être compris, voire montrés du doigt. Certains vivent comme une violence d’être sans cesse accusés, d’être taxés de pollueurs. Pourtant, tous, qu’ils soient en bio ou non, font des efforts pour s’adapter et tenir compte des questions de transition écologique. Le département de la Drôme est ainsi le premier en surface cultivée bio avec toute une filière qui se développe autour de la « biovallée » de la Drôme. Ils ont un profond désir de faire partager leur amour de la terre. C’est pourquoi ils ressentent une certaine injustice par rapport à ces efforts d’adaptation. Ils souffrent aussi de ne pas vivre de leur travail. Même s’il y a de subventions, ils vivent comme une injustice de ne pas être reconnus dans le cœur de leur métier. (…) Je ne crois pas qu’il faille avoir une attitude de surplomb : il faut plutôt accompagner et mettre en valeur les liens de solidarité qui se vivent chez les agriculteurs. Nous devons être plus attentifs à ce qui se vit dans le monde rural et j’espère que ce qui s’y passe pourra être mis en valeur lors du rassemblement national du monde rural Terre d’espérance qui reste prévue en avril 2022 (1). Mais je crois que nous pouvons aussi nous demander ce qu’ils peuvent, eux, apporter à l’Église. Par exemple, nous aider à redécouvrir certains rites comme les rogations ou la bénédiction de la table. Dans leur rapport particulier à la terre, dont ils savent qu’ils ont beaucoup reçu, je sens une vraie sagesse. (…) Par rapport à l’encyclique Laudato si’ sortie en 2016, il y a là un grand chantier. Certains en ont vaguement entendu parler, d’autres pas du tout. C’est pour moi un appel à aller plus loin pour que cette parole d’espérance leur parvienne. Je voudrais leur montrer que ce n’est pas une analyse de plus qui les culpabilise, mais que ce peut être une nouvelle manière d’éclairer ce qu’ils font.

Sur le site du diocèse, plus de détails de cette visite sont évoqués : rencontre de viticulteurs et d’arboriculteurs du nord de la Drôme avant de poursuivre la visite jeudi dans la Drôme provençale.

« Je n’arrive pas avec des subventions, mais je vous apporte un signe de soutien. Je suis là pour vous écouter, pour souligner la beauté de votre travail, même s’il est rude et difficile ». L’ambiance était chaleureuse dans les différentes exploitations arboricoles et viticoles que Monseigneur Pierre-Yves Michel, évêque de Valence, a visité ce mercredi 21 avril.  A la Roche de Glun, à Clérieux ou encore à Moras en Valloire, il a écouté des agriculteurs affectés moralement par le nouvel aléa climatique qui a décimé, pour certains, la majorité de leur production de fruits. « C’est plus l’accumulation que le dernier phénomène qui nous fait mal. On n’a pas le temps de lever la tête que ça revient. C’est décourageant », souffle Bernard qui cultive la vigne, et les abricots. Ces dix dernières années, les agriculteurs n’ont pas connu de récolte complète, subissant chaque année neige, grêle, gel ou tempête de vent. « Tous les ans je guette le ciel. Je suis à la fois triste mais aussi révolté », confie-t-il. Un ras le bol qui est renforcé par l’image dont souffre ces professionnels de la terre : « Notre monde agricole est malmené et accusé de beaucoup de maux. A l’étranger ce ne sont pas des magiciens, ils n’ont pas des cerises belles toute l’année sans produits. Même en bio il faut des produits comme le cuivre dans la vigne ! On est de plus en plus vertueux mais de moins en moins respectés », souffle un viticulteur du nord du département de la Drôme. « Il y a une réelle méconnaissance de notre métier. Les produits agricoles que nous vendons ne sont pas suffisants pour nous faire vivre. On nous donne des subventions et des aides, mais ce n’est pas cela que nous voulons. Nous voulons vivre de notre travail et de ce que nous produisons. Notre métier c’est de nourrir les gens ». Des difficultés entendues par Monseigneur Michel dont l’objectif était aussi « de partager et connaître vos difficultés pour apporter un regard différent dans la société de votre domaine, en expliquant ce que vous vivez. Les bons produits dans nos assiettes c’est grâce à vous. On a besoin de le souligner. Cultiver la terre c’est contribuer à toute la vie de la société », leur a-t-il assuré. L’évêque de Valence a également abordé l’encyclique Laudato Si sur l’écologie intégrale en sensibilisant ces professionnels qu’il a rencontré sur le principe que « tout est lié, la relation à nous même, aux autres, à l’environnement et à Dieu. Tout cela est à redécouvrir. Par le savoir-faire et l’amour de la terre il est important de se demander ce que nous faisons de notre maison commune et d’avoir un regard différence sur la création ». Et Monseigneur Michel de se réjouir « C’est une visite simple qui leur a apporté du réconfort. Dans l’échange nous avons pu aussi chercher des signes d’espérance. Après quelques hésitations ils en ont donné, comme la joie d’avoir pu donner à leurs enfants l’importance du travail ou la joie de transmettre et celle de voir que les nouvelles générations vivent ce métier avec une certaine créativité. Il y a un enjeu pour que la population redécouvre et respecte mieux ce métier de la terre. J’ai bien aimé leur parole vraie sur leur amour de la terre, leur fierté malgré la dureté et quelques fois une pointe de désespérance et de découragement, compréhensibles ».

Commentaire d’E&E :

Une bien belle et nécessaire initiative que cette visite d’un évêque pour écouter ces agriculteurs meurtris.
Reste cette impression étrange que les prélats en visite découvrent ces univers sans jamais nommer les tensions réelles qui sont en jeu. Comme s’ils avaient peur de mettre vraiment « les mains dans la terre » de ce monde agricole en grande souffrance, et pas seulement du fait du regard extérieur sur leur travail. Alors utiliser Laudato si pour dire que l’Eglise a quelque chose à dire à ce monde paysan est intéressant, mais l’encyclique pose aussi des questions très directes sur le paradigme dominant à changer (que l’évêque n’évoque pas) et les processus de conversion à accompagner…

Source : La Croix, recueilli par Nicolas Senèze, le 21/04/2021 à 17:01

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