AFRIQUE – Sauvegarder la case commune

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Sur le continent africain, la sensibilisation aux enjeux environnementaux et la mobilisation Laudato si’ grandit.

RÉPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

L’église en R D Congo face aux enjeux de l’environnement et des ressources naturelles pour la protection du bassin du Congo et la sauvegarde de notre maison commune. C’est sur ce thème que les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo se sont réunis a Kinshasa durant quatre jours en juin dernier.

Source : VOA

Une initiative importante alors que le pays est menacé par de nombreuses formes de pillages et de pollutions, comme celle de la rivière Kasaï. Douze personnes sont mortes et plus de 4 500 sont tombées malades dans le sud du pays. Les rejets toxiques d’une entreprise minière angolaise ont entraîné ces morts et des milliers de cas de diarrhées et maladies cutanées dans le sud de la RDC.

D’autres initiatives, plus anciennes, peuvent être évoquées ici.

TOGO

En septembre 2020, dans les diocèses du Togo, 350 jeunes croyants de toutes les confessions religieuses, sensibilisés à l’encyclique Laudato Si du pape François relatif à l’écologie, s’engagent à protéger l’environnement.

Dans la première moitié de septembre 2020, les sections diocésaines du Conseil épiscopal Justice et Paix (Cejp-Togo) ont organisé des activités à l’attention des Héritiers de Mandela (HdM), un mouvement de jeunes fondé par cette structure de l’Église catholique sous l’impulsion de son secrétaire général, le père Gustave Sanvee. Ces activités sont organisées dans le cadre de la mise en œuvre du projet « Accès aux droits, phase 3 ». Selon les organisateurs, il s’agit « d’amener les jeunes à se familiariser avec les notions de l’écologie, à en relever les défis, puis à s’engager à être de véritables acteurs de changement et de développement ». À Lomé, l’événement a réuni 50 jeunes, les 19 et 21 septembre, au Centre d’éducation spirituelle pour l’apostolat des laïcs. Au cours de cette session, le philosophe Magloire Kuakuvi, coordonnateur diocésain du Cejp, a présenté le thème principal centré sur l’encyclique Laudato Si dans laquelle le Saint-Père a exhorté chacun « à œuvrer pour la protection de l’environnement et la sauvegarde de notre maison commune qu’est la planète. » « Il faut maintenir propre notre environnement et abandonner les énergies fossiles pour les énergies renouvelables que sont l’éolienne, l’hydro-énergie et l’énergie solaire », recommande Magloire Kuakuvi, après avoir expliqué les termes et concepts relatifs à la philosophie de la nature et à la cosmologie, notamment l’univers, la galaxie, la planète Terre avec les écosystèmes, la biodiversité, l’écologie. (…) En matière de vivre-ensemble, Mawulikplim Sossou et Daniel Hope, respectivement chrétiens presbytériens et fidèle de l’Église du christianisme céleste, sont unanimes sur les bienfaits du mouvement au sein duquel ils apprennent à « accepter l’autre comme moi-même, à ne pas dénigrer, à pratiquer la justice et à bannir la violence ». Plus loin, à 400 km au nord de Lomé, quarante jeunes ont participé à cette activité de vacances du 8 au 11 septembre au Collège Adèle dans le diocèse de Kara. À cette occasion, le père Francis Barandao, coordinateur diocésain du Cejp, et son équipe ont choisi d’associer les Héritiers de Mandela à des activités de reboisement au dispensaire saint Jean-Paul II de Yaka à 30 km de Kara, et au Centre Tourmolgou à Niamtougou, une structure d’accueil d’enfants en situation difficile, à 40 km de Kara. Au Centre Saint Joseph de Kpalimé, à 125 km de Lomé, des activités similaires ont eu lieu du 7 au 9 septembre. Au cours des travaux, les jeunes sont sensibilisés sur l’écologie et ont effectué des actions de salubrité publique.

Source : Charles Ayetan (à Lomé) La Croix

ZAMBIE

La conférence des évêques de Zambie (ZCCB) a déclaré, en septembre 2020, une urgence écologique pour l’état du pays, appelant les autorités gouvernementales à prioriser les aides des programmes environnementaux à destination des plus pauvres et des plus vulnérables. Le secrétaire générale de la ZCCB, le Fr. Cleophas Lungu a demandé qu’après 5 années de réflexion sur l’encyclique Laudato si, le temps était venait pour des plans d’actions à long terme pour intégrer l’écologie intégrale comme une pratique dans les familles, les paroisses, les diocèses, les ordres religieux, les écoles, les université, les centres de soins, les institutions agricoles et beaucoup d’autres. Il s’agit donc de réévaluer le modèle de développement lui même, pour que la notion de progrès soit bien au service du bien commun. Un appel aussi pour qu’au cours des élections nationales de 2021, ce thème de la protection de l’environnement soit traité. Le webinaire a été suivi par une soixantaine de membres, dont Mgr Evans Chinyemba, omi.

Source : All Africa / Catholic Information Service for Africa (Nairobi)

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Un entretien avec le P. Christian Ndoki, jésuite de la RDC, qui est aussi ingénieur en agriculture et développement rural et professeur à la faculté des Sciences agronomique et vétérinaire de l’université Loyola, du Congo.

(…)Une idée souvent rependue est que l’écologie est un problème des pays riches. Autrement dit, qu’il faudrait avoir atteint un certain niveau de vie pour se pencher sur les questions écologiques. Qu’en dites-vous ?
Si l’on traite l’écologie comme une science compliquée, avec des termes et des concepts réservés à des initiés, oui. Mais, en fait, l’écologie n’est pas une connaissance scientifique compliquée. C’est amplement une manière de vivre et d’entrer en relation avec le monde, en le respectant. Dans ce sens, l’écologie concerne tout le monde : riches ou pauvres, croyants ou incroyants, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. A titre d’exemple, un point que nous rappelle l’écologie est que nos ressources ne sont pas illimitées. Le fait de savoir que nous pouvons un jour nous retrouver sans ressources et le fait de chercher à préserver nos ressources actuelles sont une préoccupation de tous : riches ou pauvres, hommes ou femmes, jeunes ou vieux.

Le Pape François affirme que nous avons besoin d’une conversion écologique, c’est-à-dire  changer des perspectives dans notre relation avec la nature. Comment cette conversion peut se matérialiser en Afrique, surtout lorsqu’on sait que l’information sur l’environnement dans le continent semble réservée à une élite experte ?

La conversion à laquelle le Christ nous appelle quand il annonce le règne de Dieu est une conversion de notre relation avec Dieu, avec la nature (c’est-à-dire le monde dans sa diversité), avec les autres humains et avec nous-mêmes. Le cœur de l’écologie est l’établissement, mieux le rétablissement des relations justes. Et en Afrique, cette question n’est pas nouvelle. De nombreux contes, proverbes ou interdits montrent à quel point la tradition africaine est soucieuse de l’établissement des relations justes. En Afrique, par exemple, nous nous définissons par les relations que nous entretenons avec les autres et nous ne considérons pas la nature comme quelque chose d’extérieur à nous. Au contraire, la nature nous comprend, elle nous inclut. Nous sommes enfants de la terre. Nous sommes dans une relation de profond respect avec chaque être, vivant ou inerte. En chaque être, nous saluons, avec révérence, la présence de Dieu.

Le 1er septembre 2020 a eu lieu la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création. Elle ouvre le Temps de la Création, qui se tient jusqu’au 4 octobre, en étant célébré cette année comme un “Jubilé pour la Terre”. Pour le Saint-Père, c’est un temps de retour à Dieu, notre créateur bien aimé pour changer nos habitudes vis-à-vis de notre maison commune. Comment rendre ce désir du Pape effectif sur le continent africain ?

Il nous faut, d’abord, raviver le sens de l’appartenance à la terre. Nous sommes enfants de la terre. La terre est notre mère et, par conséquent, les différentes créatures sont nos frères et sœurs. Ce n’est pas une invention de Saint-François d’Assise. La Bible le dit déjà quand elle parle de « récapituler toutes choses dans le Christ ». Eph. 1,10. Le jubilé de la terre est une pratique ancienne. Nos traditions culturales africaines insistent beaucoup sur la jachère, c’est-à-dire le repos de la terre. Et le livre du Lévitique au chapitre 25 aborde de nombreux aspects du jubilé et du sabbat qui concernent aussi bien la terre, les animaux que d’autres êtres vivants. Il s’agit donc de sensibiliser nos familles, nos communautés, nos jeunes, nos étudiants, nos élèves, nos paroissiens, nos politiciens même, à vivre une relation renouvelée avec la terre. Ce n’est pas seulement un désir du Pape qu’il faut rendre effectif. C’est une question d’identité, une question de survie. Si nous ne changeons pas notre manière d’habiter la terre, nous perdons notre identité et nous n’aurons pas d’avenir.

(…) Peu importe l’origine de cette maladie du COVID, elle nous a interpellé sur le fait que la nature n’est pas manipulable à souhait. Finalement, elle nous a permis de retrouver certaines habitudes de vie, des habitudes saines. Le temps de confinement, par exemple, a vu le pic de pollution chuter dans des nombreux pays.

Quel rôle joue aujourd’hui l’Afrique dans le processus de préservation de l’environnement ? Est-elle leader ou se contente-t-elle de suivre ?

Malheureusement, l’Afrique traine encore les pieds. Nous sommes cruellement absents des beaucoup de débats et des lieux où se prennent les grandes décisions sur les questions environnementales. Il est vrai que l’Afrique a tellement des problèmes que les questions des changements climatiques peuvent paraître secondaires. Mais, en fait, tout est lié. Les questions environnementales ne doivent pas être dissociées des questions économiques, politiques et sociales. Nous Africains, nous nous plaignons que les autres prennent des décisions qui nous sont défavorables. Mais, n’est-ce pas parce que nous ne sommes pas assez proactifs ? Nous sommes tellement absents que les autres décident à notre place. C’est à nous d’être présents. (…)

Au regard de cette réalité, où en est l’Afrique aujourd’hui dans son rapport à l’environnement ?

La réalité actuelle est que l’Afrique a encore beaucoup de chemin à faire face à son rapport avec l’environnement. Ce dernier a été pillé durant des décennies, des siècles d’exploitations anarchiques entre l’esclavage, la colonisation ainsi que la forme sournoise qu’a prise la colonisation aujourd’hui que l’on ne sait pas encore nommer. Nous avons été appauvris au point de vendre, de spolier nous-mêmes le peu de ressources qui nous restent : les eaux, les forêts, les animaux, les ressources minières, etc. La conséquence en est un appauvrissement continue, un cycle infernal de conflits et de contrôle de telle ou telle autre ressource. La plupart des guerres, des situations d’instabilité sur notre continent sont liées au contrôle des ressources naturelles. Le pire est que ce n’est même pas à notre avantage. Nous ne faisons que ramasser les miettes que veulent bien nous laisser les puissances qui se servent de nous. Quel avantage, par exemple, tirons-nous de la grande forêt du Congo ? Pas grand-chose.

On a justement beaucoup parlé du cas du bassin du Congo. Quelle est la situation ?

Le dernier synode sur l’Amazonie a posé des questions qui concernent aussi bien le bassin du Congo que l’Amazonie. Les nombreux acteurs notamment les Réseaux Ecclésiales du Bassin du Congo, REBAC, que dirige le père jésuite Rigobert Minani, ont travaillé et travaillent encore sur la sauvegarde de ce riche espace pour sa biodiversité et de ses populations qui sont marginalisées et menacées. La forêt du Congo est un des deux poumons du monde et est menacée par l’exploitation sauvage du bois et d’autres ressources animalières et minières ainsi que par le déplacement forcé des populations autochtones, dont la vie est intimement liée à cette forêt.  Il y a donc beaucoup à faire. Il faudrait sensibiliser les populations et le politiques au fait que le bassin du Congo est une richesse menacée et qu’il nous faut, à tout prix, le sauvegarder.  (…)
Que suggéreriez-vous pour mieux sensibiliser les populations à l’environnement ?

Il faut commencer par la base, c’est-à-dire par l’éducation, en famille, à l’école, dans nos paroisses. Apprendre aux jeunes, aux enfants et aux adultes les gestes simples du respect et de la protection de l’environnement. Il s’agit, par exemple, de la bonne gestion des déchets, de l’économie d’énergie, du renouvèlement et de l’entretien des arbres, etc. Pourquoi ne pouvons-nous ne pas faire écho des gestes de respect de l’environnement comme nous avons fait écho des gestes barrières contre la Covid-19 ? Ensuite, il faudrait mettre en place une politique d’incitation au respect de l’environnement. C’est-à-dire sanctionner ceux qui détruisent l’environnement et encourager ceux qui l’entretiennent, en leur octroyant des prix, des subsides, etc. Dans ce sens, l’on pourrait, par exemple, encourager les paysans à adopter des pratiques culturales respectueuses de l’environnement, à pratiquer l’agriculture biologique et à faire moins usage d’engrains chimiques. Et finalement, à grande échelle, l’on pourrait adopter une politique qui promeuve le respect de l’environnement, aussi bien au niveau des États qu’au niveau régional. Dans ces trois secteurs, l’Église peut jouer un rôle fondamental. A titre illustratif, la Compagnie de Jésus, a choisi comme une des 4 préférences apostoliques, le soin de la maison commune. L’éducation demeure un chantier prioritaire pour l’atténuation et l’adaptation au réchauffement climatique en Afrique.

Source : Vaticannews / Camille Mukoso, SJ – Cité du Vatican

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