BELLE SAISON – J+34 – Hommage

Dans nos petits mondes occidentaux, il est de bon ton de n’écouter de l’écologie que les caricatures pour s’en amuser. Ailleurs, des hommes et des femmes sont tués pour leur courage à se mobiliser pour le bien commun. Dernier en date, José Antonio Teruel, abattu dans sa maison avec sa femme et son beau frère il y a quelques jours au Honduras.

Ce beau pays confirme son statut sinistre de pays le plus dangereux pour les militants qui luttent pour défendre forêts, fleuves et autres biens communs. Il faut dire que la pauvreté des uns et la corruption des autres rendent tout possible, dans un pays gangrené par des maras, les mafias locales au service des projets industriels destructeurs et du narcotraffic.

« Dimanche, vers 18h30, heure locale, deux personnes portant des armes à feu ont fait irruption dans la maison où les victimes se réunissaient en famille et les ont abattues. La police a avancé dans un communiqué que des « problèmes personnels » auraient motivé l’attaque. Certains médias affirment qu’une quatrième personne a été abattue, mais aucune identité n’a été avancée et la police n’en a rien dit »

Si pour l’heure, aucun motif n’a été revendiqué, l’assassinat rappelle étrangement celui de Berta Caceres, abattue en pleine nuit à son domicile en 2016. Cette mère de quatre enfants, l’une des figures honduriennes de la défense de l’environnement et des populations indigènes, était régulièrement menacée sans que la police n’enquête sur les plaintes qu’elle déposait.

Or Berta comme José avaient des démêlés avec des compagnies engagées dans la construction de barrages hydroélectriques, contre la volonté des populations locales. Pour l’assassinat de Berta, l’enquête de Global Witness avait mis au jour l’implication de membres de la société possédant le barrage contre laquelle Caceres luttait

Teruel a récemment pris part à des réunions réunissant des habitants de Patuca et la Compagnie électrique du Honduras, l’ENEE, en conflit à cause d’un barrage hydroélectrique. Respecté, il avait aussi coordonné en décembre 2017 l’action de Caritas Honduras, l’organisme de l’Église hondurienne qui a tenté de veiller au processus démocratique lors de l’élection présidentielle alors que de violents heurts avaient perturbé la campagne

José Antonio Teruel, 72 ans, ancien enseignant, membre de l’Alliance hondurienne pour la défense et le développement des forêts, était un défenseur connu de la biodiversité et des aires protégées de son pays. Comme dans plusieurs pays d’Amérique latine ou andine, la corruption permet à certaines familles et des grands groupes liés au pouvoir de poursuivre leurs activités en dépit des dégâts sur l’environnement. Les sols s’appauvrissent, les terres agricoles disparaissent au profit de concessions minières, les rivières sont détournées ou asséchées et l’eau manque, poussant à l’exil de nombreux habitants.

Plus de 130 militants écologistes ont été tués entre 2009 et 2019, ce qui fait du Honduras l’un des pays les plus dangereux pour les défenseurs de l’environnement, selon l’ONG Global Witness..

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